2. THE STARS TURN AND A TIME PRESENTS ITSELF

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Scénario : Mark Frost et David Lynch

Réalisation : David Lynch

A Buckhorn, l’étau se resserre autour de Bill Hastings. Sa femme Phyllis semble complice de ce piège avec leur avocat, qui se révèle être aussi son amant. Mais Phyllis est assassinée par le double maléfique de Cooper en rentrant chez elle. Ce dernier cherche à échapper à la Black Lodge, tandis que son double, le Bon Dale, cherche à en sortir.

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Nous retrouvons Bill Hastings, dans une cellule de prison à Buckhorn. Sa femme, qui paraissait une innocente épouse dans l’épisode précédent, se révèle être l’instigatrice d’un piège se refermant sur son mari, avec l’aide de son amant et avocat. Comme dans les premières saisons de Twin Peaks, les images les plus lisses (l’épouse rangée, qui s’inquiète du dîner du soir quand la police sonne à sa porte) cachent des perversions. Seul, Bill se prend le crâne dans sa cellule… quand un esprit apparaît dans la cellule d’à côté. Une apparition d’une créature toute noire, qui disparaît dans les airs après quelques instants… Quand a lieu cette apparition ? Car cet épisode révèle que la chronologie des événements est peut-être brouillée – comme dans Lost Highway, Mulholland drive et Inland Empire…

En rentrant chez elle, l’épouse d’Hastings se fait froidement abattre, par le double maléfique de Dale Cooper, sorti de la pénombre.

Encore un voyage… à Las Vegas ! Le plan d’introduction de Las Vegas reprend une musique Jazzy (« Freshly Squeezed ») de la B.O. de la première saison de Twin Peaks. Plus tard, un plan dans la forêt reprendra le morceau de Badalamenti « Dark Mood Woods » (issu de la saison 2). Pas de nouveaux thèmes donc, mais plutôt des reprises des musiques d’origines, pour faire le lien entre les saisons de 1990-1991 et celle de 2017. Une idée plutôt astucieuse. A Las Vegas, dans un bureau luxurieux, un certain Mr Todd (Patrick Fisher, vu dans Mulholland drive) remet une somme d’argent à un employé, en parlant d’une fille « qui a le job ». Son jeune employé, Roger, ose lui poser une question : « pourquoi le laissez-vous vous forcer à faire ces choses ? ». Todd réplique qu’il lui conseille de ne jamais laisser entrer « quelqu’un comme lui » dans sa vie. De qui parlent-ils ? Bob ? Cooper ? Le mystère reste entier, dans cette scène qui évoque fortement les échanges mafieux à Hollywood dans Mulholland drive. Le plan d’introduction

Dans un relais, « C. », le double maléfique de Cooper dîne avec Darya et Ray, qui l’accompagnent depuis son passage chez Buella. Ray doit trouver une information pour Cooper. Ray l’obtiendra auprès de la secrétaire d’Hastings. Ainsi, le meurtre de Buckhorn est liée à la quête du Cooper maléfique…

Le thème « Dark Mood Woods » résonne, dans la forêt, tandis que Hawk et la Dame à la Bûche communiquent par téléphone. A nouveau, le titre de l’épisode est dicté par Margaret : « the stars turn, and a time presents itself ». Elle supplie Hawk de faire attention. Elle est trop faible physiquement pour l’accompagner, mais lui demande de passer la voir : du café et de la tarte seront là pour lui. Ces courtes scènes chez Margaret, bloquée sur son fauteuil, sont d’une grande émotion quand on sait que Catherine Coulson était une grande amie de Lynch depuis Eraserhead (son assistant réalisation sur ce premier film). C’est sur ce premier film que Lynch avait imaginé son amie en « fille à la bûche », pour un futur projet… Personnage et actrice se rejoignent définitivement, par le cancer qui atteint les deux.

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A l’autre bout du fil, Hawk trouve Glastonbury Grove, le lieu de passage vers la Black Lodge… Il attend devant, comme Truman vingt-cinq ans plus tôt.

A l’intérieur, le bon Cooper est toujours en attente. Le Manchot, Mike, réapparaît. Puis, Laura Palmer. Cooper ne peut croire qu’il s’agit d’elle : elle est morte, comment peut-elle avoir vieilli ? Elle lui répond : « je suis morte, et pourtant je vis ». Laura pose alors sa main sur son propre visage. Son visage s’ouvre en deux, produisant une intense lumière. Effet surnaturel, qui rappelle là aussi Inland Empire (le visage déformé de Laura Dern en surimpression). Lynch utilise les outils informatiques modernes pour retrouver le goût des effets spéciaux de son premier film Eraserhead (dans lequel il y avait plusieurs images animées en stop-motion). A nouveau, Laura embrasse Dale, comme vingt-cinq ans auparavant, et lui chuchote à l’oreille. Mais que lui dit-elle ? Nous ne le savons pas encore. Il semble s’en effrayer. Laura disparaît dans un hurlement terrible, en s’envolant, se déformant, comme un ballon de baudruche. Comme si elle mourrait une dernière fois. Peut-être devait-elle revenir uniquement pour sauver Dale, comme il avait essayé lui aussi de le faire dans le passé ?

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Le rideau rouge se met à voler. La Black Lodge, dans la version 2017, donne un sentiment d’irréalité plus grand, en même temps qu’elle est plus détaillée grâce aux nouvelles caméras. Etrange paradoxe résultant de l’usage d’effets informatiques pour la reconstituer. Mike le manchot mène Dale à Mike, « the arm ». Il a « évolué » : il s’est transformé en arbre surmonté d’un cerveau. Image surréaliste qui évoque, là aussi, les premiers délires visuels d’Eraserhead. En même temps, ce nouveau « Mike » colle à la phrase prononcée par celui-ci dans le dernier épisode de la saison 2 : « quand vous me reverrez, ce ne sera pas moi ». « The Arm » apprend à Cooper que son double maléfique, son doppelgänger, doit entrer dans la Black Lodge, pour que lui puisse en sortir.

Dans le monde réel, le double change de voiture avec son complice Jack. Il semble alors procéder à un geste étrange, menaçant, serrant lentement la mâchoire de Jack. L’a-t-il tué ? Dans la nuit, « C. » retrouve Darya dans un motel. A nouveau, les atmosphères de Lost Highway ressurgissent. Le mauvais Cooper se tient dans la pénombre, et l’espace d’une image, il ressemble à Bob, quand il était interprété par Frank Silva dans les deux premières saisons… Darya raccroche quand il entre, paniquée, et prétend avoir été en ligne avec Jack. Or, C. a bel et bien tué Jack. Il semble que Darya et Ray manigancent contre lui, et Cooper/Bob ne se laissera pas faire. Darya est terrifiée. Avant de la tuer, C. sort… son dictaphone. Il l’utilisait pour espionner Ray et Darya au téléphone. Ray est en prison. Il a reçu un appel de « Jeffries ». Darya doit tuer Cooper si elle le voit. Il lui demande aussi combien d’argent a été mis sur sa tête, et pourquoi on veut le tuer. Mais Darya ne sait rien. Cooper dit qu’il devrait « retourner dans la Black Lodge » le jour qui suit, mais qu’il ne s’exécutera pas. Il demande à Darya si Ray avait trouvé l’information qu’il lui avait demandé, des coordonnées géographiques… Mais elle n’est pas au courant. Cooper lui demande enfin si elle a déjà vu un certain symbole (celui de la Bague vue dans Fire walk with me). Là encore, elle ne sait rien. Alors, Cooper la tue. Puis il téléphone à « Jeffries », Phillip Jeffries, joué par David Bowie dans Fire walk with me. Tout comme le Nain (le "Bras", devenu "l'évolution du bras" sous forme d'arbre surmonté d'un chewing-gum), le personnage réapparaît par la voix uniquement (cette fois à cause de la mort de son célèbre interprète).Dans cette conversation, on apprend que Jeffries l’a « raté à New York » : Jeffries est-il l’agent à l’origine de la salle d’observation et de la caisse en verre ? Désormais, selon Cooper, Jeffries est « nulle part ». Phillip sait que Cooper a rencontré Garland Briggs (élément en lien avec le livre de Mark Frost, L’histoire secrète de Twin Peaks). Mais le maléfique Cooper se demande s’il s’agit bien de Phillip Jeffries au bout de la ligne (comme le Bon Cooper se demandait si Laura était bien Laura dans la Lodge). Phillip lui fait ses adieux : demain, Cooper retournera dans la Lodge, et Phillip « sera de nouveau réunit avec Bob ». L’apparition éclair de Phillip Jeffries dans Fire walk with me semble trouver une part d’explication dans cette scène…

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Après cette conversation, C. télécharge les plans de la prison où est enfermée Ray, et se rend dans la chambre d’à côté où l’attend une femme que l’on n’a encore jamais vue, une autre complice de C. Elle est Chantal, incarnée par Jennifer Jason Leigh.

Dans la Black Lodge, « The Arm » délivre un nouveau message au Bon Cooper : « Time and Time Again ». Encore les paroles d’une chanson? (time and time again, I said I leave you… issu du standard I’m a fool to want you ?). Il indique à Dale de fuir à présent. Cooper suit le Manchot, et cherche à sortir. Mais il fait face à un rideau infranchissable. Il croise à nouveau Leland Palmer, vingt-cinq ans après l’épisode final : « Trouvez Laura », lui dit-il. Quelque chose cloche, s’inquiète le Manchot. En ouvrant les rideaux, Cooper a soudain une vue plongeante sur une autoroute, où son double maléfique conduit. Cooper ne sait s’il doit sauter. « The Arm » devenu arbre réapparaît, menaçant, et hurle : « non-exist-ent ! ». Le sol de la Lodge devient volumineux, et mouvant. Cooper, terrifié, saute dans une eau noir (est-ce de là que provient la fameuse huile noire ?). L’eau se transforme en vide cosmique, et Cooper se retrouve en train de voler dans un amas d’étoiles. Il est projeté à New York, où il apparaît dans la boîte en verre. Au même moment, les deux jeunes agents sont hors de la pièce, comme vus dans l’épisode 1 : la chronologie des événements est donc éclatée. « Est-ce le passé, ou le futur ? », demande le Manchot au début de l’épisode. Cela signifie également que l’apparition dans la boîte en verre va probablement tuer les deux jeunes agents quelques minutes plus tard, quand ils seront de retour dans la pièce, puisque c’est ce que nous avions vu dans l’épisode 1. Mais cette apparition tueuse échappée de la boîte, est-elle en lien direct avec Cooper ?

Tout ce passage où Dale Cooper est piégé dans un vide intersidéral rappelle les expérimentations visuelles les plus folles de Lynch, celles d’Eraserhead et Inland Empire, aux deux extrêmes de sa filmographie.

Nous sommes soudain dans la maison des Palmer, où Sarah regarde seule la télévision, fumant cigarettes sur cigarettes, de nombreuses bouteilles, d’alcool semble-t-il, sur la table. Les images sur l’écran de télévision sont celles d’un tigre attaquant un autre animal, violemment, de nuit.

La scène s’arrête là, et nous passons alors au Bang Bang Bar. A l’intérieur, nous retrouvons Shelly avec ses amies. Elle parle de sa fille – l’a-t-elle eue avec Bobby ? On ne le sait pas encore. Shelly s’inquiète du petit ami de sa fille : elle ne le sent pas… Au Bang Bang Bar, James apparaît aussi, accompagné d’un jeune homme (son fils ?). Shelly le voit, supposant qu’il jette un regard amoureux à l’une de ses copines. Shelly leur explique que James « est cool », et qu’il a eu un accident de moto. Shelly échange un regard avec un autre homme, inconnu, qui lui fait un signe. Derrière, au bar, on reconnaît (pour les fans) l’acteur Walter Olkewicz qui incarnait Jacques Renault dans les premières saisons. Au générique de fin, il apparaît en tant que Jean-Michel Renault. Il semble que nous soyons, plus que jamais, de retour à Twin Peaks ! Sur scène, les Chromatics interprètent une chanson, dont les paroles disent : « pretending that we’re leaving this town ».

Nicolas Lincy, mai 2017