Réalisé par Hou Hsiao-Hsien

2016 - 1h45 - Film taïwanais, hongkongais et chinois - Film d'aventures, Film de Sabre, Drame

Avec : Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou, Sheu Fang-yi...

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The Assassin, le nouveau film de Hou Hsiao-Hsien, primé à Cannes du Prix de la Mise en scène en 2015, donne à voir le passé au présent. La longueur des plans installe la sensation de l'instant. Hou Hsiao-Hsien va même jusqu'à dilater l'instant précis, le moment du choix, ou celui de la lame qui tranche, par un soudain ralenti extrême. Le mouvement est alors figé comme une photographie, symbole de l'instant arrêté et gardé en mémoire. Dans ce présent qui est notre passé, dans ce passé qui est leur présent, les personnages sont eux-mêmes omnubilés par le passé. L'abandon de Yin-niang ("The Assassin"), confiée à la Princesse Nonne il y a des années pour ériger le frère bâtard Tian Ji'an, est aujourd'hui synonyme de vengeance et de mort pour son cousin gouverneur et sa concubine, la combattante masquée Tian Yuan.  

Pour rendre compte de l'importance du passé sur nos vies présentes, Hou Hsiao-Hsien brouille les cartes. Il créé, par l'atmosphère de sa mise en scène, une forme d'amnésie chez le spectateur. Le film peut être vu plusieurs fois, afin d'en comprendre les lignes du récit. Les indices de l'histoire sont donnés par les premières séquences, prélude en noir et blanc, mais aussi dans les dialogues. Il est important d'écouter les récits du passé pour comprendre le présent. Pas un seul réel "flash-back" explicatif, et pourtant les personnages semblent plongés en permanence dans leur passé. Seule image mentale, celle de la musicienne, avec le passage du 4/3 au 16/9.

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Dans cette volonté de jouer avec le temps, Hou Hsiao-Hsien créé une oeuvre d'une grande splendeur esthétique, comme l'avait fait Stanley Kubrick et ses peintures mouvantes qu'était Barry Lyndon. Le choix des couleurs, celles très vives des costumes, et celles, dorées, des teintures, évoque la peinture chinoise impériale de cette époque, tel Les divertissements nocturnes de Han Xizai, de Gu Hongzhong. Les mouvements de caméra alternent la lenteur des travellings, presque invisibles, ou les plans fixes saisissant un récit, avec le surgissement de l'action, d'une scène de combat filmée façon "Wu Xia Pian" (genre du film de sabre). Les apparitions de "the assassin" en font un spectre du passé, et ses déplacements dans les airs, un être surnaturel. Tel un ancien remord qui prend corps. Les paysages de l'époque prennent également vie, encore une fois dans la tradition des peintures de la Chine Impériale, venant saisir le détail d'une fleur ou d'un buisson, ou la majesté d'une montagne. L'apparition du titre, peint, sur la première image en couleurs du film, rapproche elle aussi le film d'une peinture. Une peinture ancestrale, surgie du passé, à laquelle on aurait redonnée vie, et donc le mouvement.

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Les divertissements nocturnes de Han Xizai

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Voyageurs parmi les torrents et les montagnes

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Fleurs de magnolias et de cerisier ornemental 

Nicolas Lincy, le 20/03/2016