6. MY STRUGGLE II

Scénario et réalisation : Chris Carter

2016 - Américain - Fantastique, thriller, action

Avec : David Duchovny, Gillian Anderson, Lauren Ambrose, Robbie Amell... 

Résumé :

La panique se répand alors qu’une épidémie semble toucher la planète. Mulder a disparu, et Scully cherche un rémède, à l’aide l’agent Einstein. La solution pourrait se trouver dans les enlèvements extraterrestres dont Scully a été l’une des victimes. Mulder, de son côté, confronte l’homme à l’origine de la grande extinction.

Critique :

Le dernier épisode de la mini-saison 10 d’X-Files commence bien, et se conclue bien. Entre les deux, c’est un naufrage.

L’épisode commence bien, car il reprend en écho l’introduction de My Struggle I, une voix-off rétrospective sur des photos des saisons passées que l’on brûle. Mais c’est cette fois Scully que l’on entend. Scully qui conclue, ça donne des frissons, car c’est elle qui ouvrait la série en 1992, dans l’épisode pilote où elle était convoquée par son supérieur afin d’aller surveiller les travaux d’un certain Fox Mulder. C’est elle, aussi, qui concluait en voix-off les épisodes des premières saisons, en tapant son rapport sur son ordinateur. 

Passé ce bel effet, Chris Carter ouvre le bal des idées idiotes, et elles sont nombreuses dans l’épisode. Là, c’est un morphing du plus mauvais goût de Dana Scully en Alien… Musique du générique. Rires.

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Tout au long de l’épisode, Chris Carter va s’évertuer à gâcher de belles idées, par une écriture et une mise en scène calamiteuse. L’idée principale de l’épisode est forte : montrer pour la première fois la grande extinction dont parlaient tant Mulder et Scully dans les saisons passées. En livrant la conspiration à la face du monde, Chris Carter décide de tuer la quête des personnages, sans cesse en manque de preuves dans le passé. Conclure par une véritable apocalypse, enclenchée en 2012, et provoquée par l’alliance d’Hommes puissants et de forces extraterrestres, est une magnifique idée. Chris Carter aurait dû avoir la modestie de s’entourer de ses meilleurs scénaristes, et d’un meilleur réalisateur, pour concrétiser cette belle idée. 

Car en 40 minutes, nul ne peut croire aux multiples rebondissements, jetés à la figure du spectateur. Les dialogues, grotesques, sont difficilement digérés par les comédiens, qui ont l’air de potiches. Les invraisemblances s’enchaînent, entre Scully qui sauve le monde en créant un vaccin avec la jeune agent Einstein, et l’agent Miller qui retrouve Mulder à l’aide d’une application « où est mon téléphone » sur le bureau de celui-ci. Quant à la fin du monde, elle ne semble plus être l’œuvre que de L’Homme à la Cigarette, définitivement devenu Méphistophélès – encore une effet grotesque, quand il retire son visage. Quid de l’ambiance de complot gouvernemental obtenu dans les meilleurs moments d’X-Files ? Quid de Walter Skinner, fantôme palot de ce retour en 2016 ? Chris Carter a transformé tous ses personnages en caricatures, à l’aide de dialogues de nanars (« l’arme ultime… l’abilité de dépeupler la planète ! »). En remplacement de Skinner, le présentateur du web Tad O’Malley, personnage totalement lisse et sans intérêt, ne cesse d’intervenir dans l’épisode. La séquence dans laquelle les pixels de sa vidéo grésillent (fin du monde qui fait grésiller les vidéos youtube donc), tandis qu’il apprend en direct d'un texto de Scully qu’il y a un « espoir », un « vaccin », est encore une fois comique.

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Le retour de Monica Reyes, la co-équipière de Scully dans les saison 8 et 9, est une autre bévue. Personnage d’une grande sensibilité, très bien interprétée par Annabeth Gish dans le passé, elle s’est retrouvée esclave de L’Homme à la Cigarette. Sous un parapluie, elle débite ses explications à Scully, avant de se faire traiter de lâche par celle-ci. Mais comme elle est gentille, elle lui explique qu’on peut encore sauver le monde. Bravo à Robert Patrick d’avoir flairé le navet, et d’avoir refusé un come-back dans son personnage de John Doggett.

L’épisode est jalonné d'effets de pirouettes, accompagnées d'une musique indigne de Mark Snow, qui se coupent sur un noir, pour la coupure pub. Bravo pour la modernité. Bâclant cette apocalypse en 40 minutes, Chris Carter prend pourtant le luxe de monter 1mn10 d'une scène de kung-fu entre Mulder et un « messager » de l’Homme à la Cigarette. Scène interminable, gratuite, filmée comme l’aurait fait Luc Besson : tremblements numérique exagérés (effet sportif, filmé à 50 i/s), puis soudain ralenti, quelques gros plans sur David Duchovny avant de repasser à sa doublure, et encore une musique totalement cliché sur le tout… Quel intérêt ? Où sont passé l’effroi, l’étrangeté, et la beauté visuelle d’X-Files ?

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Mais l’épisode trouve dans sa conclusion une belle idée, comme en introduction. On sauve les meubles. Un gigantesque vaisseau spatial apparaît au-dessus de Washington, semblant venir chercher Dana Scully en pleine tentative de sauvetage de Mulder. En somme, un bon début, une bonne fin, et une idée globale très bonne – une grande extinction par modification génétique, qui se recoupe plutôt bien avec les abductions par soucoupes volantes dans les saisons passées. Mais Chris Carter, tel George Lucas, détruit ses bonnes idées à coup de mauvais goût. La saison 10 aura été une pyramide, commençant très moyennement par l’épisode d’introduction de Carter, retrouvant la qualité d’antan grâce à James Wong (Founder’s mutation), Glen Morgan (Home Again), et un pic avec Darin Morgan (Mulder & Scully meet the were-monster), avant de retomber dans la médiocrité des deux derniers épisodes de Chris Carter, Babylon et My Struggle II.

Note : 5/10

Nicolas Lincy, le 24/02/2016