Réalisé par David Lynch

2001 - 2h27 - Film américain - Drame, film noir

Avec : Naomi Watts, Laura Harring, Justin Theroux...

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Sorti en 2001, Mulholland Drive est déjà considéré, une dizaine d'années plus tard, comme l’un des plus grands films de David Lynch et comme l'un des chefs d’œuvres du cinéma. Face à cette oeuvre retorse, le spectateur peut se laisser embarquer dans les méandres de la folie qui en émane, comme on le ferait face à une oeuvre des poètes surréalistes, soit (aux visions suivantes) à la recherche de la clef (bleue) du mystère, afin de reconstituer les pièces du puzzle et de l'intrigue vécue par Betty/Diane. Pour autant, ce jeu de déconstruction du récit n'est pas un simple geste poseur, de cinéaste complaisant. La forme, indissociable du fond, vient avant tout créer des émotions et une expérience sensorielle rarement atteints au cinéma (on pense à Tarkovski, Bergman). C’est un film qui indéniablement cache de nombreux secrets, qu’on découvre petit à petit, sans être juste mystificateur ; c’est aussi un film profondément renversant, vertigineux et glauque. David Lynch se propose d'envoûter le spectateur dans ses nappes de son et de fumée, jusqu'à ce que l'on ne sache plus s'il on est éveillé ou si l'on rêve, jusqu'à ce que l'on en perde la frontière qui délimite l'écran du réel. Les visions oniriques du film sont de celles qu'on n'oublie pas facilement. Lynch utilise avec génie les accessoires cinématographiques pour parfaire son langage, qu'il a peaufiné au fil des ans depuis Eraserhead. En entremêlant rêves, souvenirs réels et temps présent, il brouille les pistes pour nous amener au plus près d'un sentiment de vertige, entre attirance et effroi. On peut d'ailleurs dire que cette ambivalence mène le film, entre les vedettes glamours et les monstres/clochards inquiétants, une attirance pour les sommets de la gloire hollywoodienne et la peur de sombrer. Le film peut d'ailleurs évoquer, par certains clins d’œils, mais aussi par ses détails obsédants et fétichisant, à Vertigo d'Alfred Hitchcock. Les deux films usent avec une même puissance de la mise en abyme pour créer un jeu de miroirs et de répétitions troublant. Alors que tout pourrait sembler gratuit, absurde, Mulholland drive nous apporte à chaque vision un nouvel indice pour ouvrir la boîte, une nouvelle preuve de sa cohérence, sans perdre de son impact émotionnel et sensitif.

Nicolas Lincy, le 15/08/2014