Créée par Chris Carter

2000 - Américain - Fantastique, Science-fiction, Policier

Avec : Gillian Anderson, Robert Patrick, Annabeth Gish, David Duchovny, Mitch Pileggi, Nicholas Lea, William B. Davis...

Without

------ SPOILERS  -------

La saison des grands changements...

Après le départ ou semi-départ de David Duchovny, qui ne souhaitait pas poursuivre son rôle à plein temps, la meilleure idée était de ne pas le remplacer par un nouveau « Mulder », mais de reconstituer un duo différent : Scully « devient » Mulder et le représente, parle en son nom et à la mémoire de sept années passées ensemble à enquêter. John Doggett devient le nouveau Scully masculin, sceptique, flic à l’ancienne, coriace et la tête sur les épaules… Dans le sillon de Dogget apparaît un autre personnage, l'agent Monica Reyes, personnage au croisement de Fox Mulder et de Melissa, la soeur de Scully. Les rôles s’inversent grâce à ce nouveau duo Scully-Doggett, pour le meilleur de la série : les scénaristes sont obligés de travailler leurs personnages, et ne s’en tiennent pas qu’au récit horrifique de la semaine… La saison 8 offre donc une magnifique continuité, même pendant les épisodes de « monsters of the week », comme le faisait l’excellente saison 5. Elle est d’ailleurs la saison qui contient le plus d’épisodes « mytharc » depuis la saison 4.

La grande qualité de la saison 8 est donc sa construction, en trois chapitres. Elle débute par deux magnifiques épisodes, « Within » et « Without », dans lesquels la conspiration renaît des cendres de la saison 7, en partant du dernier épisode de cette dernière : « Requiem ». Doggett est chargé de retrouver Mulder, mais il doit pour cela faire face à des vérités qui le dépassent pour l’instant. Les deux épisodes se concluent sur l’affectation de Doggett au département des X-Files.

Vient alors le second chapitre de la saison, de l’épisode 3 à l’épisode 12 : Mulder restant introuvable, Scully et Doggett doivent travailler ensemble sur les affaires non-classées. Tous ces épisodes montrent l’évolution de Doggett, qui petit à petit accepte le mystère et le surnaturel, comme Scully des années auparavant. Parallèlement, ils montrent Scully accepter la disparition de Mulder et la présence imposée de son nouveau coéquipier.
L’épisode 3, « Patience », est donc un « monster of the week » écrit par Chris Carter, à la sauce nouveau duo Gillian Anderson – Robert Patrick. Le suivant, « Roadrunners », écrit par Vince Gilligan, est un excellent épisode horrifique où Scully se retrouve coincée dans un village au miliue du désert, où une secte adoratrice d’un insecte énorme semble vouloir faire d’elle leur nouvelle Reine… un épisode à glacer le sang, qui n’est pas sans rappeler le petit chef d’oeuvre « Ice » de la saison 1.

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« Invocation » est un épisode de vengeance d’outre-tombe d’un enfant assez classique pour X-Files, à l’ancienne, toujours centré sur la formation de Doggett aux phénomènes inexpliqués.

« Redrum » est un épisode assez faible, autour d’un prisonnier qui vit un retour dans le passé (chaque lendemain devient la veille). Un scénario qui évoque le « Monday » de la saison 6 (où Mulder vivait chaque jour la même journée), et « Hungry » de la saison 7 (centré sur un personnage autre, les deux enquêteurs devenant des personnages secondaires). Mais l’épisode est prévisible, sans beaucoup d’imagination, et finalement ennuyant.

« Via negativa » est un petit chef d’œuvre, excellent épisode écrit par Frank Sponitz, où Dogget affronte ses démons et le paranormal de plein fouet. Un « épisode Dogget », où Scully s’efface : elle subit des test concernant sa grossesse (un mystère plane autour de ces événements, mystère qui nous mènera à la dernière partie de la saison). Un duo Doggett-Skinner se forme en parallèle. Robert Patrick prouve ici qu’il est un très grand acteur, spécialement dans le registre de la peur et du drame, là où Duchovny tirait X-Files vers la comédie. On est presque ici chez Lynch, avec une succession de scènes oniriques ou hallucinatoires, fortement teintées d’ésotérisme (une enquête sur une secte). C’est le premier épisode où Dogget semble enfin accepter le mystère et conclure une affaire sans preuve médicale, scientifique, balistique… Il s’agit de la première réalisation de Tony Wharmby, qui réalisera six autres épisodes par la suite.

« Surekill », « Salvage », et « Badlaa » sont trois « monsters of the week » plutôt faibles, même si l’évolution des rapports entre Doggett et Scully y est intéressante. « Surekill » est un épisode assez amusant, autour d’un homme ayant le don de voir à travers les murs, mais qui présente peu d’enjeux, ainsi que plusieurs lacunes d’écriture. « Salvage » joue le clin d’œil au succès de Robert Patrick « Terminator 2 ». Un épisode correct, à la réalisation soignée, avec assez de suspense pour nous divertir. « Badlaa » est un épisode tiré par les cheveux dans lequel un fakir Indien exécute sa vengeance contre l’Amérique toute entière… L’épisode se termine sur une scène intéressante : Scully confesse avoir tenté « d’être Mulder », de reprendre son rôle, sans y parvenir. On sent que les scénaristes cherchent la place que doit occuper les membres de ce nouveau duo, et quelle évolution donner à leurs rapports, au sein de ces épisodes « monsters of the week ».

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Vient alors « The Gift », premier épisode à nous montrer Mulder… par flash-back. Très bon épisode focalisé sur Doggett et son rapport au « fantôme » de Mulder, à son ombre qui plane sur lui. Encore une fois, sa motivation première est de retrouver Mulder au début de cet épisode. A la fin, Doggett le retrouve spirituellement : il pense comme lui, il le comprend. Un nouvel épisode Doggett-Skinner, Scully étant encore mystérieusement absente… (la réponse à cette absence dans deux épisodes)

L’épisode « Medusa » vient clore ce chapitre. Il s’agit d’une histoire de contagion, plutôt intéressante et bien faite, en huis-clos dans les couloirs du métro de Boston. Néanmoins, l’affaire est un peu déjà vue pour les connaisseurs de la série.

Vient alors le troisième chapitre de la saison, à partir de l’épisode « Per Manum ». Ce dernier apporte enfin des réponses sur la grossesse de Scully. Par cet épisode tout en flash-back, lumière est faite sur bon nombre des mystères de la fin de la saison 7. Un épisode important où l’on comprend qu’un certain point de la relation entre Mulder et Scully nous avait été caché : Mulder s’était porté donneur pour que Scully puisse avoir un enfant, malheureusement sans succès. A ce stade, nous baignons en plein mystère néanmoins : que va-t-il se passer ? Mulder va-t-il revenir ? comment va se poursuivre la grossesse de Scully ? Comment l’expliquer tout à fait ? Doggett va-t-il enfin pouvoir prouver qu’il est digne de confiance ? L’épisode est également une parabole sur la peur de l’enfantement, avec des scènes terrifiantes dont la symbolique rappelle la saga Alien. La musique de Mark Snow, et le thème « Scully » créé pour l’épisode « all things », fait le lien entre cet épisode et ceux de la fin de la saison 7, comme un chapitre clôt (en partie bien sûr).

Ce très bel arc narratif se poursuit avec « This is not happenning », un très grand épisode « mytharc », probablement l’un des plus prenants de toute la série. Le cliffhanger final en fait un classique du genre. Mulder est retrouvé, et un nouveau personnage féminin apparaît, l’agent Reyes.

« Deadalive » poursuit l’aventure entamée dans l’épisode précédent, et recompose les pièces du puzzle de la saga (Krycek, l’invasion extraterrestre).

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« Three words » : Mulder de retour, c’est le bizutage de Doggett. Est-il digne de confiance ? Est-il un manipulateur au service de Kersh ? Ou bien est-il lui-même manipulé comme l’ont été Mulder et Scully plus d’une fois ? Le retour de Mulder après tant d’épisodes nous rappelle, ironiquement, qu’il est égocentrique et froid, sans compassion et extrêmement paranoïaque. Plutôt que de faire du retour de Mulder un événement heureux, les scénaristes ont eu la bonne idée d’en faire un retour en demi-teinte, parfois gênant : plus rien ne sera comme avant pour lui, quoiqu’il arrive.

« Empedocles » nous montre parallèlement la vie de Mulder et Scully d’un côté (la grossesse, le retour de Mulder à la vie normale), et une enquête de Doggett et Reyers. Cette intrigue prend rapidement la forme d’une fable sur la contamination du mal, dont le véritable intérêt est de creuser les démons de Doggett et son passé douloureux. Comme dans la saison 5, histoires unitaires et parcours des personnages sont parfaitement liés. Encore une fois, le personnage de Doggett donne lieu à de magnifiques scènes de flash-back à la mise en scène onirique, autour de la mort de son fils.

« Vienen » plonge Doggett et Mudler dans une aventure liée à la Black Oil. Mulder passe officiellement la main à Doggett et s’en va, après avoir été licencié définitivement du FBI par Kersh. Un épisode à suspense, assez musclé, dans une station pétrolière.

« Alone » poursuit cette thématique. Mulder et Scully hors FBI (elle en congé maternité, lui licencié), ces derniers ne peuvent s’empêcher de venir en aide à Doggett, qui affronte tant bien que mal une créature mi-homme mi-reptile.

L’arc narratif se conclue sur les deux derniers épisodes, « Essence » et « Existence ». « Essence » commence doucement, puis le suspense monte progressivement jusqu’au final trépidant. Toute la mythologie, éparse et parfois contradictoire, semble trouver son sens ici.
« Existence », l’épisode final, résout énormément de choses et ne laisse pas planer de vagues doutes comme ont pu le faire certains épisodes finaux de la série. On sent que les scénaristes savent où ils vont depuis la fin de la saison 7, et cela fait du bien. Doggett s’avère un grand atout pour les X-Files, maintenant qu’il est convaincu de la réalité de l’invasion extraterrestre. Son courage et son honnêteté, son intégrité et son esprit d’équipe, sont au service de Mulder et Scully, avec l’aide de l’agent Reyes. Tous ces nouveaux personnages trouvent leur place, et laissent espérer une très bonne saison 9.

En bref, une saison 8 centrée sur les personnages, plutôt que sur les enquêtes paranormales, très bien écrite par les créateurs qui ont su s’adapter aux aléas de la vie des acteurs et à leurs disponibilités. L’écriture du personnage de Doggett est exemplaire : Scully le rejette comme le rejettent les fans, puis l’accepte petit à petit. Il est, de plus, brillamment interprété par Robert Patrick.

Note globale : 8.5/10

1. Chasse à l'homme - 1re partie (Within) * – 10/10
2. Chasse à l'homme - 2e partie (Without) * – 10/10
3. Patience (Patience) – 7/10
4. Un coin perdu (Roadrunners) – 9/10
5. Invocation (Invocation) – 7/10
6. Combattre le passé (Redrum) – 6/10
7. Via negativa (Via Negativa) – 10/10
8. À coup sûr (Surekill) – 6/10
9. Dur comme fer (Salvage) – 7/10
10. À l'intérieur (Badlaa) – 6/10
11. Dévoreur d'âmes (The Gift) – 8/10
12. Luminescence (Medusa) – 7/10
13. Per Manum (Per Manum) * – 9/10
14. Espérance (This is Not Happening) * – 10/10
15. Renaissances (Deadalive) * – 10/10
16. Confiance (Three Words) * – 9/10
17. Empédocle (Empedocles) – 9/10
18. Vienen (Vienen) * – 8/10
19. Seul (Alone) – 8/10
20. Essence - 1re partie (Essence) * – 9/10
21. Essence - 2e partie (Existence) * – 9/10

* épisodes « mytharc »