Réalisé par David Lynch

1992 - 2h15 - Film américain - Drame, Policier, Fantastique

Avec : Sheryl Lee, Ray Wise, Kyle MacLachlan...

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Transposition de l'univers télévisuel créé par David Lynch et Mark Frost pour le grand écran, Twin Peaks Fire walk with me marque un tournant dans la filmographie du cinéaste. Si le film perd peut-être de son charme surranné et de la mise en valeur de nombreux personnages, il permet à David Lynch de faire un pas de plus vers l'effrayante puissance visuelle qui aboutira aux cauchemars que sont Lost Highway, Mulholland drive et l'extrême INLAND EMPIRE

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Ce qui est frappant dans ce passage du petit écran à la toile des salles obscures, c'est la volonté de créer des sensations encore plus fortes que celles que proposaient la série (notamment dans certains épisodes cultes, comme le dernier de la saison 1 ou le final de la série). La première image du film est celle, brillante, d'une télévision détruite d'un coup de hache. Si le film naît de l'écran de télévision, il s'en émancipera néanmoins. La première partie s'amuse d'ailleurs à prendre le contrepied de l'ambiance magique du soap : paysage laissé à l'abandon et restaurant glauque viennent remplacer l'attachante bourgade peuplée de personnages extravaguants. Lynch souhaite faire de Fire walk with me l'ultime prolongation de la série arrêtée trop tôt, tout en créant un film indépendant qui pourrait fonctionner tout seul - pari difficile à tenir et qui déplut à de nombreux fans. Plus tard dans le film, quand nous sommes focalisés sur Laura, il est évident que Lynch souhaite aller plus loin, faire plus fort, pour prouver la plus grande puissance du 7ème art. Le cinéaste parvient à créer un angoissant sentiment d’étrangeté, lors de scènes d’anthologie comme celles de la Lodge, de Lil et sa rose bleue ou de la mythique apparition du collègue disparu dans les bureaux du FBI (joué par... je vous laisse la surprise). Dès les premières images et la musique aux accents de film noir (magnifique B.O. de Badalamenti), on est littéralement captivé, et cette hypnose est maintenue par un crescendo de l'étrange.

Frôlant souvent l’absurde et même un certain humour, Twin Peaks Fire Walk With Me peut s'avérer aussi profondément émouvant, comme l'était souvent la série. Réduisant l'origine de tous les mystères d'une oeuvre de 30 épisodes en seulement 2h15, Lynch revient à l'expérimentation et la narrativité explosée d'Eraserhead, son premier long-métrage culte, tout en préfigurant sa trilogie des années 2000 autour de Los Angeles. La scène où l’agent Desmond déchiffre les gestes de Lil, la fille aux cheveux rouges, semble annoncer la suite du film et expliquer tout son cinéma : il faut chercher à comprendre, mais il restera toujours une part de mystère... c'est la rose bleue (équivalent de la clé bleue de Mulholland drive, comme dernier élement inexpliquable). Plus que jamais Lynch applique sa formule : « On n’est pas obligé de comprendre pour aimer. Ce qu’il faut, c’est rêver ».

Nicolas Lincy, le 16/04/2011