Court-métrage : I Poke You
Steven Spielberg à la Cinémathèque Française, le 9 janvier 2012

Cheval de Guerre (War Horse)
Réalisé par Steven Spielberg
2012 - 2h26 - Film américain - Mélodrame, Aventures
Avec : Jeremy Irvine, Emily Watson, David Thewlis, Tom Hiddleston, Niels Arestrup

Avec son Cheval de Guerre, adapté d'un roman de Michael Morpugo et d'une pièce de théâtre, Steven Spielberg réalise un film étonnamment naïf, qui surprend et lasse à la fois par son côté hyper-rétro assumé.
Pourtant considéré comme le maître de l'émerveillement au cinéma, de l'émotion et de la fascination, l'auteur d'E.T. et des Indiana Jones n'atteint pas ses ambitions dans ce film patchwork improbable. Trop souvent dans Cheval de Guerre la magie n'opère pas, l'humour tombe plat, les larmes attendues se transforment en rires jaunes des spectateurs tant l'emphase est too much (notamment celle de la B.O. de John Williams, sirupeuse)
et les situations prévisibles. Le film s'inscrit plus dans la lignée des mélos poussifs que sont La couleur pourpre et Amistad, et surtout de l'étrange "kitscherie" Always, que des grandes réussites tout public du cinéaste.
On en vient à se demander pourquoi le cinéaste s'est fourvoyé dans cette galère. A l'écouter, il trouvait l'oeuvre originale éminemment cinématographique et s'est étonné que personne n'en ait jamais acheté les droits. Ce constat transparaît dans le film, par un hommage permanent à l'Hollywood des années 50, aux mélodrames flamboyants de type Autant en emporte le vent mais surtout au cinéma de John Ford, par l'apologie de la communauté, qui s'entraide pour survivre comme dans Les Raisins de la colère, l'amour de la terre natale et les prairies en technicolor comme dans L'homme tranquille, des chevauchées héroïques dignes de la trilogie de la cavalerie et une fin en clin d'oeil direct à La Prisonnière du désert, tout en silhouette noires sur fond de coucher de soleil. Une volonté de Spielberg qui passe aussi par un style classique - plans larges où acteurs et chevaux évoluent - qui se ressent jusqu'aux effets spéciaux, ce qu'on ne peut que louer : se désolidarisant définitivement de George Lucas et de son excès de retouches numériques, Spielberg revient ici aux effets réalistes d'une grande tenue. Cascades et effets pyrotechniques sur les champs de bataille "sonnent" vrais, et relèvent le niveau du film après quarante minutes d'introduction peu convaincantes.
Cette citation de l'Hollywood classique, qui a parsemée toute la filmographie de Spielberg, pourrait atteindre ici son apogée puisqu'elle se fait directe, sans distance et explicite. Elle vient symboliser une certaine nostalgie de l'enfance, une lutte de la croyance naïve contre la dureté du monde adulte que la première guerre mondiale vient incarner. Malheureusement, cet optimisme vintage devient carte postale et confine à la lourdeur. Albert, le héros, et son cheval Joey, affrontent une série d'épreuves dont on sait à l'avance qu'elles se conclueront par un succès. Spielberg dit justement avoir apprécié la simplicité de cette histoire. Or c'est pourtant ce qui plombe le film, ne proposant rien de plus qu'un allégorie christique simpliste vue et revue, où le cheval, après s'être fait "crucifier" (blessé par des barbelés, à la fois clous et couronne d'épines) avant de ressusciter pour unir les hommes et amener la paix (l'armistice est signée rapidement après cette scène).
Néanmoins, les idées visuelles de Spielberg, qui constituent son génie habituel à la manière d'Hitchcock, sauvent le film du néant. La furieuse cavalcade du cheval sur le no man's land et sa chute dans les barbelés, l'exécution de deux soldats pour lâcheté sobrement cachée par les hélices d'un moulin - hommage au vieil Hollywood toujours, quand la censure qui poussaient les cinéastes à faire preuve de créativité pour cacher et suggérer - sont deux véritables moments de cinémas appréciables. Malheureusement, pour le reste du film, le réalisateur du nouvel Hollywood ne signe qu'un fade pastiche des studios classiques, sans aucune nouvelle contribution : du cliché pur, qu'il porte à l'écran par sa traditionnelle maîtrise technique et visuelle. Cette absence totale de distance, de profondeur, ce manque de nuances peut énerver ou charmer, bien sûr, mais force est de constater qu'on est loin de la qualité que sait proposer Spielberg. L'éparpillement du film, entre aventures d'initiation pour enfants, mélodrame campagnard, film de guerre violent, est également intéressant, tout en participant à son non sens. A la fois prévisible dans les intrigues mais imprévisible dans la démarche, Cheval de guerre est un film courageux par sa naïveté jusqu'auboutiste, mais également raté pour les mêmes raisons. On ne peut l'apprécier qu'en film malade, pour paraphraser son ami Truffaut. L'étiquette n'excuse rien, mais permet d'apprécier les quelques qualités cachées et les idées intéressantes qui parsèment cet échec global.
Le Hibou de Moonfleet
Palmarès Cinéma 2011 des membres
-- Choix du Chat Yéyé --
Meilleur film
Melancholia
Meilleur réalisateur
Lars von Trier (Melancholia)
Meilleur acteur
Brad Pitt (The tree of life)
Meilleure actrice
Monica Bellucci (Un été brûlant)
Meilleur acteur dans un second rôle
Alain Cavalier (Pater)
Meilleure actrice dans un second rôle
Charlotte Gainsbourg (Melancholia)
Meilleur scénario original
Donoma
Meilleur scénario adapté
La ballade de l'impossible
Meilleur film d'animation
Le chat du rabbin
Meilleure photographie
The artist
Meilleure création de costumes
Les bien aimés
Meilleure musique de film
Minuit à Paris
Meilleurs effets visuels
Melancholia
-- Choix du Hibou de Moonfleet --
Meilleur film
La Piel que Habito
Meilleur réalisateur
Pedro Almodovar (La Piel que Habito)
Meilleur acteur
Michel Piccoli (Habemus papam)
Meilleure actrice
Carole Bouquet (Impardonnables)
Meilleur acteur dans un second rôle
Sacha Baron Cohen (Hugo Cabret)
Meilleure actrice dans un second rôle
Dale Dickey (Winter's bone)
Meilleur scénario original
Habemus papam
Meilleur scénario adapté
La piel que habito
Meilleur film d'animation
Tintin
Meilleure photographie
The artist
Meilleure création de costumes
The artist
Meilleure musique de film
La Piel que Habito
Meilleurs effets visuels
Melancholia
Mémoires de nos pères (Flags of our fathers)
Réalisé par Clint Eastwood
2006 - 2h12 - Film américain - Guerre
Avec : Ryan Philippe, Jesse Bradford, Adam Beach

En réalisant ce film de guerre, produit par Steven Spielberg, Clint Eastwood ne s’éloigne pas pour autant des thèmes qui le touchent et traversent son œuvre. On retrouve dans Mémoires de nos pères l’altération d’une vérité au profit des plus grands, déjà présente dans Les pleins pouvoirs puis dans L’échange, entre autres.
Pour démêler le vrai du faux, c’est à un incessant retour dans le passé que les survivants et leurs enfants doivent être confrontés. Eastwood se pose la question de savoir si la raison d’Etat prévaut - s’il faut, comme il est dit à la fin de L’homme qui tua Liberty Valance, « imprimer la légende ». Le réalisateur n’apporte pas de réponse radicale ; il montre d’une part les bénéfices d’un tel mensonge (la guerre du Vietnam, elle, aura été perdue à cause d’une photo violente) et d’autre part ses conséquences sur la vie d’hommes, révélant ainsi le contraste entre l’Histoire avec un grand H et la petite histoire, humaine. Il termine ainsi le film sur l’image des soldats s’éloignant quelques instants de leurs devoirs patriotiques, courant pour se baigner dans la mer d’Iwo Jima.
Le Hibou de Moonfleet
Mystic River
Réalisé par Clint Eastwood
2003 - 2h12 - Film américain - Drame, Policier, Film noir
Avec : Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon

Aidé par un casting hors pair (Sean Penn, Kevin Bacon et Tim Robbins géniaux), Clint Eastwood réalise encore une fois un film complexe, prenant et bouleversant. D'une mise en scène plus sobre que ses deux films suivants, Million dollar baby et L'échange, Mystic River est son film le plus soigné et le plus dense.
Eastwood offre une série de trois portraits psychologiques, qui se développent au fur et à mesure de l'intrigue, mais livre également un reflet d'une Amérique habitée par la violence et l'injustice. La douleur frappe tous les personnages du film un à un, en partant de Dave à l'enfance qui ne s'en séparera jamais, puis Sean quitté par son épouse et enfin Jimmy avec la perte de sa fille, noeud de l'intrigue au présent. C'est également un incessant aller et venu entre présent et passé, qui révèle que les deux temps sont marqués par le drame. La rivière est ainsi l'endroit où l'on enterre les péchés, mais aussi le flux du temps. Ce va-et-vient se trouve résumé dans une scène magnifique, celle où Sean et Jimmy reviennent à l'endroit même de l'enlèvement auquel ils ont assisté dans leur enfance. Mystic River a donc tout du chef d'oeuvre, par sa forme parfaite, la qualité de son interprétation, mais surtout par la subtilité et la profondeur de son scénario, qui ne se livrent pas forcement dès la première vision.
Le Hibou de Moonfleet
Gangs of New York
Réalisé par Martin Scorsese
2002 - 2h45 - Film américain - Drame épique, Drame historique
Avec : Leonardo DiCaprio, Daniel Day-Lewis, Cameron Diaz...
![]()
Concrétisation d’un projet auquel rêvait Martin Scorsese depuis les années 70, Gangs of New York arrive à la suite d’un certain nombre d’autres œuvres épiques et historiques qu’a disséminé le cinéaste tout au long de sa carrière, La dernière tentation du Christ (1988), Le Temps de l’innocence (1993) et Kundun (1997).
Visiblement très inspiré, il livre avec Gangs of New York un nouvelle œuvre de virtuose, puissante, tenue de main maître et grandiose. Brillante réflexion sur la naissance d’une ville, sur l’importance du destin personnel et de celui de tout un peuple, le film a comme principal atout de créer une galerie de personnages et de situations si forte, le tout mis en scène avec tant de créativité, qu’on croirait le cinéma tout fraîchement né et non déjà centenaire.
Il y a du Griffith dans la volonté de Scorsese de tirer de chaque scène le maximum de possibilités cinématographiques, au-delà de la simple ressemblance avec Naissance d’une Nation, et c’était déjà le cas dans Le Temps de l’innocence. Ce film fougueux, violent, offre un rôle en or à Leonardo Di Caprio qui débute sa collaboration avec le cinéaste. L'acteur porte sur ses épaules un rôle imposant, dans lequel il y apparaît juste et même idéal dans l'interprétation de l'obsession et de la fureur. Le reste du casting offre une pléiade d’accents et d’incarnations physiques mémorables – Daniel Day-Lewis impressionnant, Brendan Gleeson, Liam Neeson, Jim Broadbent… Au beau milieu de ces hommes, Cameron Diaz s’avère étonnamment convaincante. Sans crier au chef d’œuvre « absolu » (une dernière partie qui s’essouffle un peu, un éléphant en image de synthèse et une musique finale too much sont les détails qui me permettent de pinailler), on peut néanmoins affirmer que Gangs of New York est du très très grand cinéma.
Le Hibou de Moonfleet
Les Infiltrés (The Departed)
Réalisé par Martin Scorsese
2006 - 2h20 - Film américain - Policier, Thriller
Avec : Leonardo DiCaprio, Matt Damon, Martin Sheen, Jack Nicholson, Mark Walhberg, Alec Baldwin

Après plusieurs drames psychologiques et historiques, Martin Scorsese s’amuse à nouveau à respecter les codes d’un genre établi, avec Les Infiltrés, comme il l’avait fait pour Les Nerfs à Vif en 1991. Néanmoins, pas de mise en scène grand-guignolesque qui tourne à vide pour cette fois, mais une forme totalement au service du fond.
On imagine aisément l’intérêt qu’a pu trouver Scorsese dans ce thriller qui offrait nombre de personnages perdant tragiquement la maîtrise de la situation. Les personnalités des deux principaux protagonistes, incarnés avec talent par Leonardo Di Caprio et Matt Damon, sont parfaitement rendues dans toute leur complexité, mais il en va de même pour les personnages secondaires. Le film joue évidemment de la figure du double, à l’image de ces bureaux où l’on travaille en parallèle sans se donner d’informations et bien sûr des deux mentors, l’un policier, l’autre chef de la pègre. La seule femme du film (si l’on excepte les maîtresses de Costello, femmes objets) fait le lien entre les deux infiltrés. Ce scénario superbement écrit, plus subtil que l’original hongkongais, donne lieu à des séquences d’anthologie, constituées assez classiquement de suspense ou de surprise, mais que Scorsese s’évertue à parfaire.
Sa mise en scène d’une grande intelligence, faite de d’images puissantes renforcées par l’utilisation de la musique, rappelle, sans en atteindre toutefois le niveau, Les Affranchis et ses règlements de compte en série qui viennent conclure l’œuvre dans une explosion de violence. Bien sûr, la pléiade d’acteurs charismatiques, tant chez les jeunes que chez les plus rodés (un Jack Nicholson plus dément que jamais vient contraster avec l’image de père sage qu’incarne Martin Sheen), tire le film vers le haut. Sans être le chef d'oeuvre de sa filmographie, Les Infiltrés est une réussite majeure de Scorsese, tant comme expression de ses obsessions habituelles que comme divertissement haletant.
Le Hibou de Moonfleet
Chasseur blanc, coeur noir (White hunter, black heart)
Réalisé par Clint Eastwood
1990 - 1h54 - Film américain - Drame, Aventures
Avec : Clint Eastwood, ...

Après Bird, Eastwood semble encore vouloir se racheter des accusations de racisme qui ont pesé sur lui avec la série des Dirty Harry, en donnant un peu d'humanité à son personnage de "tough guy" qu'il incarne aux yeux du public.
S'agissant en premier lieu d'une extrapolation sur le tournage d'African Queen dirigé par John Huston, le film est l'occasion d'offrir une mise en abîme du 7° art et du mythe hollywoodien : sous d'autres noms, on croise les équivalents de Katharine Hepburn, Humphrey Bogart, Lauren Bacall et bien évidemment John Huston, renommé John Wilson, sous les traits de Clint Eastwood.
Cette chasse à l'éléphant à laquelle Wilson tient tant à coeur se transforme en parabole du courage artistique : c'est oser faire le film qu'il veut, sans écouter les créanciers ni le public. Parabole sur la tolérance également. Le pessimiste Wilson accepte d'octroyer une fin heureuse à son film une fois qu'il a découvert l'humain comme il l'imagine en Afrique.
Là encore, comme dans les épisodes de l'Inspecteur Harry, Eastwood endosse le rôle de "justicier", mais justicier de la morale : dans la même scène, il insulte grossièrement la femme pro-nazi puis castagne solidement un homme qui traite un serveur Africain comme un animal. Néanmoins, on reste dans un film mineur du cinéaste, car inégal et moins aboutit que la décade prodigieuse qui suivra à partir d'Impitoyable. En témoignent les scènes du bateau ou de l'éléphant (avant-dernière scène), dont la mise en scène subjective et tremblée contraste maladroitement avec la rigueur classique du reste du film. Regardable quand même, mais très convenu.
Le Hibou de Moonfleet
L'épreuve de force (The Gauntlet)
Réalisé par Clint Eastwood
1977 - 1h49 - Film américain - Policier, Action
Avec : Clint Eastwood, Sondra Locke...

Produit typique du Eastwood populaire des 80’, L’épreuve de force s’avère tout à fait jubilatoire, explosif et violent. Tout comme les policiers démolissent une maison à coup de magnum et de mitraillettes, Eastwood fustige la bureaucratie moderne, société où les patrons de la police et les détenteurs de la justice travaillent de paire avec la mafia.
Beaucoup d’autodérision, Eastwood malmène son personnage de Callahan, devenu ici un has been déconcerté par les femmes. Et, au beau milieu de cette comédie d’action mineure en apparence, le réalisateur parvient à donner vie à des personnages, d’y apporter de la profondeur – en témoigne la scène de ‘confession’ et de demande en mariage. La mise en scène, comme souvent dans les œuvres pré-Impitoyable, n’est pas parfaite sur toute la ligne : on regrettera par exemple quelques effets de mauvais goût, l’usage excessif du style ‘caméra au poing’ lors de la scène du viol par exemple. Néanmoins, ces moments se font rares, et on a souvent le droit à de la très bonne qualité. Avec cela de bonnes scènes d’action, un duo pétillant Sondra Locke – Eastwood, un scénario bien ficelé, des dialogues savoureux, un suspense ténu et un rythme effréné… que demande le peuple ?
Le Hibou de Moonfleet







