Cimulit

28 mai 2016

Elle

Réalisé par Paul Verhoeven

2016 - 2h10 - Film franco-allemand - Drame psychologique, thriller

Avec : Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Charles Berling, Virginie Efira, Anne Consigny, Judith Magre, Vimala Pons, Jonas Bloquet...

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(Spoilers) 

La chair et le sang. C’était le titre d’un film de 1985 signé Paul Verhoeven. Ce titre renvoie à toute une veine du cinéma, de cinéastes pour lesquels, sous les apparences sociales, l’Homme reste un animal, mené par ses pulsions, et qui aiment à filmer le surgissement de ces pulsions dans le quotidien. Un cinéma dit « naturaliste » selon Gilles Deleuze dans ses écrits sur le cinéma, et repris par Jean-Luc Lacuve, auteur du Ciné-club de Caen. Pour définir ce naturalisme, et non réalisme, Delzue et Lacuve citent Zola. Dans ses œuvres, au terme d’une précise et acide description d’un milieu social, il épuise ce milieu par la haine, le ressentiment, la folie, jusqu’à sombrer dans le monde du rêve et de la mort. Ainsi, l’amour pur de Silvère et Miette dans La fortune des Rougon se conclue par une étreinte nécrophile sur un champ de bataille. Ou, comme dans Le Vent film de Victor Sjoström de 1928, qui liait désir interdit et violente tempête.

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Le Vent, Victor Sjoström, 1928 

C’est cet épuisement qui est à l’œuvre dans Elle. Dans la salle où j’ai visionné le film, les spectateurs semblaient pris d’une folie communicative, jusqu’à rire nerveusement aux pires horreurs incestueuses. C’en est trop, cela va trop loin ! Alors on baisse sa garde, on cède aux folies des personnages, et l’on a même l’impression de sortir du film englué de cette bestialité, et nous-même épuisés. Le nouveau film de Paul Verhoeven navigue toujours entre l’horreur et les rires, que ce soit par la description sociale (mémorable scène de repas de Noël, atroce et hilarante), ou les scènes de suspense (flash-back du viol conclu par une réprimande à son chat, etc.).

Des mensonges en société, des apparences polies, Verhoeven épuise ses personnages jusqu’à l’éclatement d’une vérité, une vérité bestiale. Le spectateur est lui-même épuisé, pris physiquement par le film, qui alterne images de sperme, de sang, de blessures aux jambes, au crâne, aux yeux. Alors même que l’on pense s’approcher de la conclusion, avec la révélation du violeur, le film continue, encore et encore. L’intelligence du scénario, écrit par David Birke et basé du roman Oh… de Philippe Djian, est à souligner. Les dialogues, ciselés, jouent en permanence du double sens. Magnifique scène, portée par ses deux interprètes Huppert et Lafitte, à propos d’une chaudière : il dit « elle est en bas » mais, sans la liaison, on croit entendre « allez en bas ». Elle rétorque, au bout d’un silence « J’imagine… ». Il conclut : « vous voulez que je vous la montre ? ».

Tout du long, le scénario joue subtilement aux fausses pistes avec le spectateur. Le film commence comme une quête classique, un whodunit à la Agatha Christie – en plus sulfureux, certes, mais dont le but est simple : retrouver le violeur de Michèle. Pourtant, Michèle ne réagit pas comme Madame-tout-le-monde. Elle ne souhaite pas appeler la police, ni même un détective, ou un ami. Elle souhaite retrouver son violeur, mais presque par amusement, par curiosité. Dès lors, l’intérêt n’est plus tant de découvrir le violeur, mais de comprendre qui est Michèle. Nous découvrons progressivement les indices d’un passé, obsédant pour elle : un père fou, qui a « mal pris » les critiques de son voisinage et a décidé de tuer tout le quartier, avant de mettre feu à sa maison en présence de sa fille, Michèle. D’autres mystères se cachent, au creux de chaque relation : une amie fidèle, trop fidèle, peut-être amante. Peut-être la vraie mère de son fils. Et dont le mari est l’amant de Michèle. Son ex-mari, à elle, est séduit par une nouvelle compagne bien plus jeune qu’elle : en veut-elle à sa célébrité ? La bru de Michèle, quant à elle, porte un enfant d’un autre homme. Quant à sa mère, elle vit avec un gigolo trente ou quarante ans plus jeune qu’elle. Michèle vit baignée dans l’immoralité, et son passé s’apparente à tragédie grecque.

C’est probablement la raison pour laquelle l’identité du violeur est révélée en plein milieu du film. Car ce viol n’est qu’une horreur parmi d’autres : ces horreurs ont commencées il y a fort longtemps, par une tuerie, et elles continueront, jusqu’à l’explosion. En chemin, Michèle épuisera toutes les relations perverses imaginables, dominante ou dominée, tantôt Maître ou Esclave avec ses amants. Hantée par la figure de son père, elle semble reproduire tour à tour son comportement de bourreau, ou bien reprendre la place de victime. D’ailleurs, tout le monde s’y perd, des médias, du gigolo, à sa meilleure amie Anna : était-elle victime ou complice des agissements de son père ?

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Au terme de ces multiples relations perverses, Michèle en est lassée, et peut-être, lavée (c’est pourquoi elle est filmée, tour à tour dans le film, dans son bain et dans sa douche ?). Finalement, après avoir tué père et mère, et violeur, écarté l’amour d’un très jeune employé, il lui reste un amour véritable, une amitié féminine tendre, simple, avec Anna. Les deux femmes s’éloignent du cimetière, et Anna propose de vivre chez Michèle. C’est en quittant les morts, et le poids de leur héritage malsain, que Michèle pourra vivre libérée des comportements pervers dont elle a héritée. Ce retour à la raison, Michèle l’opère d’ailleurs vers le milieu du film, justement après un baiser échangé avec Anna : dès la scène suivante, elle rompt avec son amant, et décide qu’elle « en a assez des mensonges ». Les scènes finales marquent par cet espace de lumière, de pureté, retrouvée. La scène finale, bien sûr, avec la fleuraison de la tombe du père, et les retrouvailles avec l’amie de toujours, réconciliée. Mais également une scène précédente, dans laquelle Rebecca, la voisine ultra-catholique, semble devenir un ange qui bénit Michèle, qui comprend et pardonne ses perversions. Michèle retrouve alors son fils et sa bru, apaisés. Pourtant, cette fin lumineuse reste un trompe-l’œil : les schémas de la perversion et de la dangerosité des parents sont reproduits, et le bébé manque de peu d’être oublié dans la voiture…

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Feu d’artifice de pulsions sexuelles et morbides, Elle est à célébrer également pour son casting. Isabelle Huppert est sidérante dans chaque plan, incroyable de précision, de justesse. Comme le dit Verhoeven lui-même, qui semble être tombé amoureux de son actrice : jamais il n’a dirigé une telle actrice auparavant, dit-il, surpris du sens qu’elle découvrait par son jeu dans le film, que ni lui ni le scénariste n’avaient perçu. Tous les personnages qui entourent « Elle » sont portés par d’excellentes interprétations. Citons-en trois marquantes : Anne Consigny, qui semble devenir, par son étrangeté naturelle, le double et la complice de Michèle ; Jonas Bloquet, d’une incroyable justesse en « grand benêt », bredouillant « baby blues ! » pour excuser sa compagne ou un maladroit « ça y est… ça y est » à la naissance de son fils ; Virgie Efira, excellente surprise du casting, avec un personnage de catholique pas si naïve qu’il n’y paraît campée avec simplicité et émotion. Charles Berling, Laurent Lafitte, Christian Berkel, Alice Isaaz, Vimala Pons, Judith Magre complètent cet excellent tableau. Sans eux, le film ne tiendrait pas tout à fait, car il est également un succulent jeu de massacre et portrait au vitriol d’une famille au sens large, d’un groupe.

La mise en scène de Verhoeven est élégante, la photographie est sombre, la caméra discrète et mobile. De nombreux plans à l’épaule viennent saisir sur le vif les déplacements, donnant un sentiment de réalité à cette farce tragique hors-norme. Verhoeven et son chef opérateur ont d’ailleurs filmé chaque séquence à deux caméras, posées côte-à-côte avec différentes focales, procédé expérimenté dans son précédent film Tricked et permettant une plus grande liberté au montage. Bien sûr, on pense à Hitchcock, avec ces ciseaux brandis par Michèle pour se défendre, ou les violons dramatiques sur le premier flash-back du viol. Mais le cinéma de Verhoeven est bien plus organique, opposant raison et folie, apparences bourgeoises et perversions sexuelles ou meurtrières. La chair et le sang, en somme. Il révèle ces pulsions à travers un jeu de fausses-pistes et de faux-semblants, où, comme dans un roman policier classique, tout le monde pourrait être le coupable. Et c’est, en quelque sorte, le cas. Nous sommes tous névrosés. Au point de sortir du film plus animal qu’on y est entré.

Nicolas Lincy, 28/05/2016

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20 mars 2016

The Assassin

Réalisé par Hou Hsiao-Hsien

2016 - 1h45 - Film taïwanais, hongkongais et chinois - Film d'aventures, Film de Sabre, Drame

Avec : Shu Qi, Chang Chen, Yun Zhou, Sheu Fang-yi...

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The Assassin, le nouveau film de Hou Hsiao-Hsien, primé à Cannes du Prix de la Mise en scène en 2015, donne à voir le passé au présent. La longueur des plans installe la sensation de l'instant. Hou Hsiao-Hsien va même jusqu'à dilater l'instant précis, le moment du choix, ou celui de la lame qui tranche, par un soudain ralenti extrême. Le mouvement est alors figé comme une photographie, symbole de l'instant arrêté et gardé en mémoire. Dans ce présent qui est notre passé, dans ce passé qui est leur présent, les personnages sont eux-mêmes omnubilés par le passé. L'abandon de Yin-niang ("The Assassin"), confiée à la Princesse Nonne il y a des années pour ériger le frère bâtard Tian Ji'an, est aujourd'hui synonyme de vengeance et de mort pour son cousin gouverneur et sa concubine, la combattante masquée Tian Yuan.  

Pour rendre compte de l'importance du passé sur nos vies présentes, Hou Hsiao-Hsien brouille les cartes. Il créé, par l'atmosphère de sa mise en scène, une forme d'amnésie chez le spectateur. Le film peut être vu plusieurs fois, afin d'en comprendre les lignes du récit. Les indices de l'histoire sont donnés par les premières séquences, prélude en noir et blanc, mais aussi dans les dialogues. Il est important d'écouter les récits du passé pour comprendre le présent. Pas un seul réel "flash-back" explicatif, et pourtant les personnages semblent plongés en permanence dans leur passé. Seule image mentale, celle de la musicienne, avec le passage du 4/3 au 16/9.

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Dans cette volonté de jouer avec le temps, Hou Hsiao-Hsien créé une oeuvre d'une grande splendeur esthétique, comme l'avait fait Stanley Kubrick et ses peintures mouvantes qu'était Barry Lyndon. Le choix des couleurs, celles très vives des costumes, et celles, dorées, des teintures, évoque la peinture chinoise impériale de cette époque, tel Les divertissements nocturnes de Han Xizai, de Gu Hongzhong. Les mouvements de caméra alternent la lenteur des travellings, presque invisibles, ou les plans fixes saisissant un récit, avec le surgissement de l'action, d'une scène de combat filmée façon "Wu Xia Pian" (genre du film de sabre). Les apparitions de "the assassin" en font un spectre du passé, et ses déplacements dans les airs, un être surnaturel. Tel un ancien remord qui prend corps. Les paysages de l'époque prennent également vie, encore une fois dans la tradition des peintures de la Chine Impériale, venant saisir le détail d'une fleur ou d'un buisson, ou la majesté d'une montagne. L'apparition du titre, peint, sur la première image en couleurs du film, rapproche elle aussi le film d'une peinture. Une peinture ancestrale, surgie du passé, à laquelle on aurait redonnée vie, et donc le mouvement.

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Les divertissements nocturnes de Han Xizai

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Voyageurs parmi les torrents et les montagnes

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Fleurs de magnolias et de cerisier ornemental 

Nicolas Lincy, le 20/03/2016

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18 mars 2016

The Revenant

Réalisé par Alejandro Gonzáles Iñárritu

2016 - 2h30 - Film américain - Film d'aventure, Western et Drame

Avec : Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Will Poulter...

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Pour Alejandro Gonzalez Inarritu, un bon film semble être celui où le spectateur pris en otage perçoit à chaque instant la performance technique et visuelle, et la performance des comédiens. Si la forme raconte le contraire du fond, qu'importe. Birdman était une grosse machine tournant à vide, croûlant sous les effets, effets d'une caméra en "plan-séquence" numérisé, et effets d'acteurs cherchant l'Oscar à bonne dose de crises psychologiques hurlantes.  La virtuosité d'un plan-séquence, celle d'Orson Welles en intro de La Soif du Maldes plans-séquences de Brian De Palma, ou celui de La Corde d'Alfred Hitchcock, n'est pas forcément synonyme de cinéma racoleur : elle peut venir jouer avec l'immersion du spectateur pour d'excellentes raisons. Lui rappeler qu'il est au spectacle, s'éloigner du personnage pour faire tomber son masque, faire ressentir l'écoulement du temps, ou intégrer le spectateur parmi les protagonistes comme un témoin invisible... Mais quand la virtuosité est systématique, elle semble n'être là que pour cacher un manque d'idées, pour "décorer" son scénario. 

The Revenant nous livre cependant de nombreuses beautés, et n'est pas tout à fait le même rouleau-compresseur qu'était Birdman. Le cinemascope allié au grand angle donne à voir une période historique d'une manière inédite, à rendre le passé présent. D'ailleurs, on sent que Inarritu et son équipe artistique ont potassé le cinéma de Tarkovski, et l'ont redigéré. Le film donne à sentir les éléments et le temps qui passe. Malheureusement, ces quelques beautés sont gâchées par l'absence totale de finesse de la mise en scène, optant sans cesse pour le "toujours plus".

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Le cinéaste nous bombarde de plans complexes, vidés de leur sens à force d'emploi à répétition. L'exemple le plus criant est la mort du fils de Glass : séquence importante, délicate, elle se conclue par un travelling avant jusqu'à l'extrême gros plan du père, dont le souffle vient créer de la buée sur la paroie vitrée de l'objectif de la caméra. Effet presque agressif, qui nous rappelle la présence de la caméra, comme pour détruire notre immersion à cet instant : quel sens apporte cet effet ? Un gadget, d'une grande vulgarité par sa totale gratuité, après la vision d'un cadavre d'enfant. Sans cesse, Inarritu vient nous rappeler son génie technique. Regard-caméra qui conclut le film, visions oniriques maladroites (toutes copiées sur Tarkovski, à la sauce "accessible" hollywoodienne). La première grande séquence de l'attaque des Indiens est du même ordre : du surgissement de la violence, réussit, effroyable, on passe à un ballet technique, qui donne envie d'applaudir l'équipe des effets spéciaux et des steadicamers, mais qui réduit la mort et la guerre à des "effets trop stylés".

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Pourtant, Inarritu a choisi une histoire simple. Une vengeance, un désir de survie, l'homme redevenu animal... Parfois, ces effets surjoués ont du sens par rapport au récit : notamment, les effets de giclée de neige et de sang sur la caméra (bis donc), lors du combat final des deux ennemis. Quelques moments d'appaisement, comme l'échange entre Glass et l'Indien qui lui vient en aide, sont réussis. Autre aspect interessant, la bestialisation du jeu de DiCaprio, boule de nerfs coincée dans un corps en charpie. 

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Quand la mise en scène propose l'immersion, elle est donc réussie. Elle apporte alors une belle modernité au récit. Quand elle surgit à notre visage, imposée par le cinéaste, dans une volonté de démonstration, elle est vaine et irritante. Et c'est globalement ce sentiment de lourdeur que nous impose la mise en scène tape-à-l'oeil d'Innaritu. Une mise en scène qui vient presque à contrario de son récit. La scène de l'ours résumé à elle seule ce problème : théâtrale, grotesque tant dans ses effets de caméra que dans ses effets numériques, ce "viol" ne semble être là que pour choquer, marquer l'esprit du spectateur. L'aboutissement du duel final, avec l'arrivée des Indiens pour achever l'ennemi Fitzgerald, et la voix-off de Glass "Il faut laisser la vengeance à Dieu", est également extrêmement indigeste. Tout est surligné. De même pour la dernière apparition mentale de la femme de Glass, effet d'image-souvenir répétée jusqu'à l'overdose, suivi d'un regard caméra, dernier "effet pour l'effet".

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Un film que j'aurais aimé aimer, donc. Que j'ai aimé, par instants. Le récit en est fort. La technique est belle. Mais la lourdeur du style est pesante. S'il n'avait cherché la prouesse à chaque plan, Inarritu aurait probablement livré une oeuvre assez fascinante. Au lieu de cela, un film pompeux, et pompier.

Nicolas Lincy, le 18/03/2016

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24 février 2016

X-Files - Saison 10 - Episode 6 : My Struggle II

6. MY STRUGGLE II

Scénario et réalisation : Chris Carter

2016 - Américain - Fantastique, thriller, action

Avec : David Duchovny, Gillian Anderson, Lauren Ambrose, Robbie Amell... 

Résumé :

La panique se répand alors qu’une épidémie semble toucher la planète. Mulder a disparu, et Scully cherche un rémède, à l’aide l’agent Einstein. La solution pourrait se trouver dans les enlèvements extraterrestres dont Scully a été l’une des victimes. Mulder, de son côté, confronte l’homme à l’origine de la grande extinction.

Critique :

Le dernier épisode de la mini-saison 10 d’X-Files commence bien, et se conclue bien. Entre les deux, c’est un naufrage.

L’épisode commence bien, car il reprend en écho l’introduction de My Struggle I, une voix-off rétrospective sur des photos des saisons passées que l’on brûle. Mais c’est cette fois Scully que l’on entend. Scully qui conclue, ça donne des frissons, car c’est elle qui ouvrait la série en 1992, dans l’épisode pilote où elle était convoquée par son supérieur afin d’aller surveiller les travaux d’un certain Fox Mulder. C’est elle, aussi, qui concluait en voix-off les épisodes des premières saisons, en tapant son rapport sur son ordinateur. 

Passé ce bel effet, Chris Carter ouvre le bal des idées idiotes, et elles sont nombreuses dans l’épisode. Là, c’est un morphing du plus mauvais goût de Dana Scully en Alien… Musique du générique. Rires.

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Tout au long de l’épisode, Chris Carter va s’évertuer à gâcher de belles idées, par une écriture et une mise en scène calamiteuse. L’idée principale de l’épisode est forte : montrer pour la première fois la grande extinction dont parlaient tant Mulder et Scully dans les saisons passées. En livrant la conspiration à la face du monde, Chris Carter décide de tuer la quête des personnages, sans cesse en manque de preuves dans le passé. Conclure par une véritable apocalypse, enclenchée en 2012, et provoquée par l’alliance d’Hommes puissants et de forces extraterrestres, est une magnifique idée. Chris Carter aurait dû avoir la modestie de s’entourer de ses meilleurs scénaristes, et d’un meilleur réalisateur, pour concrétiser cette belle idée. 

Car en 40 minutes, nul ne peut croire aux multiples rebondissements, jetés à la figure du spectateur. Les dialogues, grotesques, sont difficilement digérés par les comédiens, qui ont l’air de potiches. Les invraisemblances s’enchaînent, entre Scully qui sauve le monde en créant un vaccin avec la jeune agent Einstein, et l’agent Miller qui retrouve Mulder à l’aide d’une application « où est mon téléphone » sur le bureau de celui-ci. Quant à la fin du monde, elle ne semble plus être l’œuvre que de L’Homme à la Cigarette, définitivement devenu Méphistophélès – encore une effet grotesque, quand il retire son visage. Quid de l’ambiance de complot gouvernemental obtenu dans les meilleurs moments d’X-Files ? Quid de Walter Skinner, fantôme palot de ce retour en 2016 ? Chris Carter a transformé tous ses personnages en caricatures, à l’aide de dialogues de nanars (« l’arme ultime… l’abilité de dépeupler la planète ! »). En remplacement de Skinner, le présentateur du web Tad O’Malley, personnage totalement lisse et sans intérêt, ne cesse d’intervenir dans l’épisode. La séquence dans laquelle les pixels de sa vidéo grésillent (fin du monde qui fait grésiller les vidéos youtube donc), tandis qu’il apprend en direct d'un texto de Scully qu’il y a un « espoir », un « vaccin », est encore une fois comique.

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Le retour de Monica Reyes, la co-équipière de Scully dans les saison 8 et 9, est une autre bévue. Personnage d’une grande sensibilité, très bien interprétée par Annabeth Gish dans le passé, elle s’est retrouvée esclave de L’Homme à la Cigarette. Sous un parapluie, elle débite ses explications à Scully, avant de se faire traiter de lâche par celle-ci. Mais comme elle est gentille, elle lui explique qu’on peut encore sauver le monde. Bravo à Robert Patrick d’avoir flairé le navet, et d’avoir refusé un come-back dans son personnage de John Doggett.

L’épisode est jalonné d'effets de pirouettes, accompagnées d'une musique indigne de Mark Snow, qui se coupent sur un noir, pour la coupure pub. Bravo pour la modernité. Bâclant cette apocalypse en 40 minutes, Chris Carter prend pourtant le luxe de monter 1mn10 d'une scène de kung-fu entre Mulder et un « messager » de l’Homme à la Cigarette. Scène interminable, gratuite, filmée comme l’aurait fait Luc Besson : tremblements numérique exagérés (effet sportif, filmé à 50 i/s), puis soudain ralenti, quelques gros plans sur David Duchovny avant de repasser à sa doublure, et encore une musique totalement cliché sur le tout… Quel intérêt ? Où sont passé l’effroi, l’étrangeté, et la beauté visuelle d’X-Files ?

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Mais l’épisode trouve dans sa conclusion une belle idée, comme en introduction. On sauve les meubles. Un gigantesque vaisseau spatial apparaît au-dessus de Washington, semblant venir chercher Dana Scully en pleine tentative de sauvetage de Mulder. En somme, un bon début, une bonne fin, et une idée globale très bonne – une grande extinction par modification génétique, qui se recoupe plutôt bien avec les abductions par soucoupes volantes dans les saisons passées. Mais Chris Carter, tel George Lucas, détruit ses bonnes idées à coup de mauvais goût. La saison 10 aura été une pyramide, commençant très moyennement par l’épisode d’introduction de Carter, retrouvant la qualité d’antan grâce à James Wong (Founder’s mutation), Glen Morgan (Home Again), et un pic avec Darin Morgan (Mulder & Scully meet the were-monster), avant de retomber dans la médiocrité des deux derniers épisodes de Chris Carter, Babylon et My Struggle II.

Note : 5/10

Nicolas Lincy, le 24/02/2016

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22 février 2016

X-Files - Saison 10 - Episode 5 : Babylon

Scénario et réalisation : Chris Carter

2016 - Américain - Fantastique, policier

Avec : David Duchovny, Gillian Anderson, Lauren Ambrose, Robbie Amell...

Résumé :

Au Texas, deux hommes se font exploser dans une galerie d'art. L'un survit. Il se trouve dans le coma. Mulder et Scully sont contactés par les agents Miller et Einstein pour enquêter sur ce cas. Ils pensent qu'on peut encore communiquer avec le survivant. Ils se rendent au Texas pour tenter une expérience sur l'esprit du terroriste.

Critique :

A ce stade de la saison 10 d’X-Files, c’est-à-dire à l’avant-dernier épisode, un regard sur ces 5 épisodes nous permet de saisir l’idée de Chris Carter : réaliser un pot-pourri d’X-Files en 6 épisodes. Ou comment rendre en 2015 ce qu’était X-Files dans les années 90. Et malheureusement, Chris Carter a décidé de ramener aussi ce qu’était X-Files dans le pire des cas. En effet, Babylon rejoint le rang des épisodes tels que First Person Shooter, Improbable, Fight Club… ces épisodes qui se voulaient comique sans y parvenir, et justement bien souvent écrits et/ou réalisés par Chris Carter, le George Lucas de la série télévisée (au concept génial, voué à le gâcher par sa main, ou à le céder à d'autres scénaristes et réalisateurs pour un meilleur résultat). 

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Certes, quelques scènes fonctionnent dans Babylon. Il y a notamment le trip hallucinatoire de Mulder sous champignons, avec des caméos délirantes de Skinner, des Lone Gunmen, et de l’Homme à la cigarette. Parfois lourdingue, cette séquence a le mérite de virer soudainement à l'inquiétante étrangeté, se concluant sur un étrange radeau au bout duquel une piéta tient dans ses bras le terroriste au centre de l'enquête... Au-delà de ces quelques trouvailles, toutes les tentatives d’humour de l'épisode échouent lamentablement. Notamment celle du nouveau duo, deux jeunes enquêteurs du FBI copié-collé de Mulder et Scully à 20 ans, interprétés par Lauren Ambrose et Robbie Amell. Elle est rousse et sceptique, il est beau gosse et obsédé par l'ésotérisme. Le gag ne va pas plus loin. Tout au long de l’épisode, l’humour est forcé, sans saveur, indigne d’X-Files

Au comique raté s’adosse un scénario politique et philosophique, d’une lourdeur typique de Chris Carter. On reconnaît sa plume dans des dialogues indigestes de bon-sentiment et de ton moralisateur. Dans un mélange d’audace et de mauvais goût total, l’épisode nous raconte comment Mulder et Scully, suivis de leurs clones rajeunis, vont contacter par-delà son coma un terroriste islamiste pour éviter un futur attentat. Futur attentat déjoué donc, grâce aux champignons hallucinogènes consommés par Mulder… était-ce bien utile de produire un tel épisode quand on n’a que 6 coups d’essai pour ressusciter une série culte ?

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Le tout alterne scènes burlesques et scènes extrêmement dramatiques (l’épisode débutant sur un attentat, avec explosion, et victimes en flammes). Probablement écrit sous l’effet d’un champignon hallucinogène consommé par Chris Carter, le résultat aurait pu être audacieux et expérimental, mais il s’avère être simplement un réel navet. Surtout quand il se voit mis en scène par des effets d’une laideur absolue, et un usage aberrant de musiques préexistantes d’une niaiserie absolue – Ho Hey des Lumineers, au passage également utilisée pour les publicités Nescafé… Une grosse tâche sur ce retour d’X-Files, qui aurait pu passer inaperçue dans les années 90 quand une saison rimait avec 25 épisodes. 

Note : 4/10

Nicolas Lincy, le 21/02/2016

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09 février 2016

X-Files - Saison 10 - Episode 4 : Home Again

Scénario et réalisation : Glen Morgan

2016 - Américain - Fantastique, Policier, Drame

Avec : David Duchovny, Gillian Anderson, Sheila Larken, Tim Armstrong...

Résumé :

Mulder et Scully enquêtent sur la mort d’un employé du gouvernement chargé de relocaliser des sans-abris. La scène de crime montre la violence de l’attaque et Mulder suspecte un mystérieux artiste d’être responsable. De son côté, Scully se rend au chevet de sa mère qui est dans le coma.

Critique :

Après Darin Morgan et son extraordinaire Mulder & Scully meet the were-monster, c’est au tour de son frère Glen Morgan, tout aussi vénéré par les fans de la série, de signer l’épisode 4 de la saison 10, Home Again. Longtemps, les rumeurs ont laissées entendre qu’il s’agissait d’une suite de l’épisode culte de la saison 6, Home. Il n’en est rien. Si Glen Morgan a repris une partie du titre, ce n’était que par superstition, Home ayant été son premier come-back après avoir été absent de la saison 5, couronné de succès.

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Ce titre, qui a donc fait rêver les afficionados de la série, résume en fait la double lecture de l’épisode. Une partie de l’intrigue se concentre sur un « monster-of-the-week », un vengeur des sans domiciles fixes ; une autre partie de l’intrigue nous montre Scully au chevet de sa mère, dans le coma, lui suppliant de ne pas partir retrouver les morts dans leur « maison ».

Cette tentative de mêler monster-of-the-week et mythologie est réellement louable : dans la série originelle, c’est justement le passage brutal de l’un à l’autre qui avait très mal vieilli. Néanmoins, il est regrettable de ne se contenter que de 6 épisodes pour cette nouvelle saison, forçant les scénaristes à raconter beaucoup en peu de temps. Home Again en pâtit : il développe de nombreuses pistes, mais nous laisse sur notre fin. L’intrigue de la créature vengeresse des SDF fonctionne admirablement bien dans une première partie, à l’aide de scènes réellement angoissantes, comme la poursuite de la créature dans de sombres tunnels par Mulder et Scully. On sent, de plus, toute la charge politique de cette fable fantastique. Malheureusement, tout cet aspect de l’épisode retombe comme un soufflé, faute d’une véritable conclusion.

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Quand au drame vécu par Scully, il dessine à la fois sa relation difficile avec sa mère et sa famille, son rapport à la mort, l’importance de son travail, et le souvenir de son fils William. Là encore, l’émotion est réelle dans une première partie, mais ne trouve pas sa bonne conclusion. Les tirades finales de Scully semblent théâtrales, trop explicatives quant à ses sentiments, pour nous toucher réellement. Pourtant, en chemin, de très belles scènes rappellent l’émotion de One Breath (saison 2, également écrit par Glen Morgan, et James Wong), notamment celle où Scully regarde partir sa mère, dans les bras de Mulder, avant de vouloir aussitôt partir travailler. On retrouve en quelques plans la profonde tristesse de cette femme qui ne s’épanouit que dans le travail. La mise en scène très réussie de Glen Morgan, mais surtout le jeu très touchant de Gillian Anderson, porte ses scènes.

En somme, Home Again aurait pu être un épisode parfait. Scènes d’épouvante et scènes d’émotion s’y entremêlent parfaitement, tout comme la thématique du deuil et celle plus sociale du traitement des sans-abris. Malheureusement, l’épisode se termine sur des dialogues un peu poussifs et une conclusion trop facile de l’intrigue « monster-of-the-week », laissant le spectateur frustré.

Note : 7/10

Nicolas Lincy, 09/02/2016

02 février 2016

X-Files - Saison 10 - Episode 3 : Mulder & Scully meet the were-monster

Scénario et réalisation : Darin Morgan

2016 - Américain - Fantastique, Policier, Comédie

Avec : David Duchovny, Gillian Anderson, Rhys Darby, Kumail Nanjiani...

Résumé :

Mulder s'ennuie ferme. Il se sent vieux, dépassé et désabusé. Les cas les plus farfelus qui ont autrefois nourri sa quête de fantastique sont aujourd'hui démystifiés en quelques clics. Internet et les nouvelles technologies, ces chouettes inventions qui mettent notre agent au chômage technique... Heureusement, Scully est là pour lui redonner le feu sacré : sur une scène de crime, l'un des témoins affirme avoir été attaqué par une sorte de lézard humanoïde à trois yeux.

Critique :

Darin Morgan n’a écrit que 4 épisodes sur les 9 saisons originelles de X-Files, or, il est vénéré par les fans de la série. Les 4 épisodes en question étant Humbug, Clyde Bruckman’s Final Repose, War of the Coprophages, Jose Chung’s From Outer Space, quatre chefs d’œuvre d’humour, d’intelligence et de réinvention du genre fantastique. Son retour pour la saison 10, avec ce 3ème épisode au titre alléchant Mulder & Scully meet the were-monster était extrêmement attendu. Autant le dire tout de suite : Morgan nous embarque dans un épisode à couper le souffle, tant il retrouve la qualité des meilleurs épisodes comiques de la série, chaque dialogue faisant mouche, chaque scène nous laissant tantôt hallucinés, tantôt morts de rire.

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Le miracle est donc arrivé, par la plume de Darin Morgan : 15 ans après, il est parvenu à réaliser un épisode qui s'impose parmi les meilleurs d’X-Files. L’épisode est ébouriffant : au départ, le spectateur ne sait sur quel pied danser, certains éléments paraissant ridicules (créature kitsch, jeu d’acteur du « monstre » outrancier). Mais tous les éléments prennent sens, pour nous mener vers un conte philosophique totalement déjanté et inédit. Là où Mulder et Scully pensent avoir à faire avec un homme qui se transforme en créature, il s’agit en réalité d’une créature qui se transforme en humain, contre son gré. C’est finalement une étude du genre humain que les deux enquêteurs auront à traiter.

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Mulder & Scully meet the were-monster a également le mérite de se positionner parfaitement dans l’évolution de la saison 10. On y retrouve Mulder toujours déprimé, n’osant plus « croire » alors qu’il a repris ses fonctions au bureau des affaires non-classées. Cette folle enquête le mènera à pouvoir enfin prononcer à nouveau sa célèbre phrase « I want to believe ». Quant à Scully, elle retrouve elle aussi avec plaisir son rôle de poil-à-gratter de Mulder, remettant en question ses théories fumeuses. Les dialogues, absolument savoureux, permettent enfin à Anderson et Duchovny de montrer pleinement l’éventail de leur talent (leur place était très limitée dans l’épisode 1, et encore un peu dans l’épisode 2). On retrouve le duo qui nous manquait, mais avec des évolutions qui semblent logiques, vieux garçon et vieille fille de cinquante ans qu’ils sont. 

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Darin Morgan ne gâche pas son scénario si parfait à la mise en scène, où là encore on retrouve enfin le meilleur de la série des 9 premières saisons. La photographie est léchée, le découpage inventif. La musique de Mark Snow est moins omniprésente que dans les deux premiers épisodes, et apporte elle aussi son humour, en exagérant par exemple l’atmosphère de terreur quand la chute d’une séquence s’avère cocasse. Impossible d’énumérer tous les détails, soigneusement agencés, qui font de cet épisode un chef d’œuvre. 

Note : 10/10

Nicolas Lincy, 02/02/2016

 

28 janvier 2016

X-Files - Saison 10 - Episode 2 : Founder's Mutation

Scénario et réalisation : James Wong

2016 - Américain - Fantastique, Policier

Avec : David Duchovny, Gillian Anderson, Mitch Pileggi, Jonathan Whitesell, Rebecca Wisocky...

Résumé :

Le Dr Sonny Sanjay, chercheur travaillant à Nugenics Technology, est victime d'un bruit assourdissant dans sa tête. Pour arrêter la douleur, il se plante un coupe-papier dans l'oreille et meurt. Mulder et Scully sont appelés sur les lieux mais tous les indices sont confisqués par la défense nationale. Mulder parvient néanmoins à voler le portable de la victime. Parmi les contacts du scientifique, l'agent retrouve la trace d'un certain Gupta, l'amant de Sanjay. Il lui révèle qu'il se préoccupait de ses « enfants » mais Sanjay était célibataire, sans enfants. Alors que Scully effectue l'autopsie du docteur, elle fait une découverte : sur la paume de sa main gauche une inscription Founder's Mutation...

Critique :

Après un premier épisode inégal signé Chris Carter, la saison 10 passe le relais à James Wong, tant au scénario et à la réalisation de ce deuxième épisode. Ellipse est faite sur le retour des deux enquêteurs aux affaires classées du FBI : nous les retrouvons directement dans leurs costumes, arrivant sur une nouvelle scène de crime intriguante. Cette ellipse est aussi dûe au caractère interchangeable des quatre épisodes centraux, finalement diffusés dans le désordre par rapport à leur ordre de production. Cet épisode était initalement le cinquième. On retrouve donc très rapidement le duo dans leur bureau, ce qui est une bonne chose : Mulder et Scully en dehors de leurs fonctions ne parviennent pas à être des personnages crédibles (My Struggle, I want to believe).

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Même reproche que sur l’épisode précédent, la tentative d’une modernisation forcée côté mise en scène, avec des musiques de Mark Snow plus Hans Zimmeriennes qu’auparavant, et un montage trop épileptique comme la mode l’impose… Néanmoins, James Wong est un meilleur metteur en scène que Chris Carter, et cela se voit. On retrouve de belles scènes angoissantes, des décors d’hôpitaux psychiatriques, des fouilles secrètes d’un appartement en pleine nuit, des plans ingénieux comme celui de l’accident de voiture, des couloirs de clinique donnant sur des enfants déformés enfermés dans leurs cages de verre…

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James Wong est aussi un meilleur scénariste, et si cet épisode n’est pas le meilleur de toute la série, il bénéficie d’une intrigue très solide et pleine de mystère. Chose rare dans la série originale, l’intrigue « monster of the week » se mêle ici parfaitement bien avec le fil rouge « mythologique » : cette affaire de modifications génétiques sur des nouveau-nés fait résonner en Mulder et Scully le souvenir de leur enfant William (saison 9). C’est d’ailleurs du pain béni pour David Duchovny et Gillian Anderson, qui peuvent enfin donner un peu plus de chair à leurs personnages retrouvés. Leur alchimie est là, mais aussi leurs brisures du passé. Le poids des années se lit sur leurs visages, et c’est émouvant. L’épisode prend alors plusieurs virages vers leurs imaginaires respectifs, montrant à l’image les souvenirs qu’ils auraient aimé avoir si William était toujours là.

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On note également un retour bienvenu de l’aspect comédie de la série, lors de la scène de quiproquos entre Fox Mulder et un contact « top secret » de la victime, trouvé dans ses contacts téléphoniques, et qui s’avère simplement être un amant homosexuel. Et avec ses scènes violentes, monstrueuses, inquiétantes, Founder’s mutation parvient presque à retrouver la quintessence des meilleurs épisodes d’X-Files. C’était sans compter sur le rythme, toujours trop trépidant, de cette nouvelle saison, ne laissant aucune place au mystère, aux atmosphères, ni à Walter Skinner devenu simple figurant.

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Note : 7/10

 

27 janvier 2016

X-Files - Saison 10 - Episode 1 : My Struggle

Scénario et réalisation : Chris Carter

2016 - Américain - Fantastique, Policier

Avec : David Duchovny, Gillian Anderson, Mitch Pileggi, Joel McHale, Annet Mahendru...

Résumé :

Le producteur et présentateur de l'émission "The Truth Squad with Tad O'Malley" a la certitude et la preuve que le gouvernement cache des informations sur une vie extra-terrestre à la population américaine. Par l'intermédiaire de Walter Skinner, il contacte le Dr Dana Scully, désormais chirurgien dans un hôpital pour enfants malades, et Fox Mulder, retraité du FBI. À Washington, O'Malley reçoit les deux anciens agents. Mulder remarque que l'homme roule dans une voiture blindée. Il apparaîtrait qu'il cache une jeune femme, Sveta, qui aurait subit des enlèvements par des extra-terrestres. Dana lui fait subir des tests sanguins afin de savoir si elle a, comme elle le prétend, de l'ADN extra-terrestre dans le corps. O'Malley fait visiter à Mulder un entrepôt secret où le professeur Garner a réussi à recréer de toutes pièces un vaisseau extra-terrestre capable de voler à la verticale mais aussi de devenir invisible aux yeux des humains...

Critique :

Retrouver X-Files pour une saison 10 de 6 épisodes, en 2016, c’est à la fois alléchant et risqué. Tout le sel de la série venait de la récupération de légendes urbaines et de théories du complot underground, mises en scène dans des histoires fantastiques à grand spectacle. Aujourd’hui, les théories du complot font le quotidien de la presse internationale, et le monde a changé. La série s’est arrêtée en 2001, l’année des Twin Towers… événement que Chris Carter avait plus qu’étrangement « prédit » dans le spin-off d’X-Files, The Lone Gunmen. La saison 9 avait d’ailleurs failli s’arrêter dans le bureau ovale, avec un sosie de George W. Bush Jr : final qui restera alternatif, relégué aux bonus des DVD…Si la série était politique, elle ne l’était jamais trop, la fiction reprenait toujours le dessus. A l’époque, être complotiste était cool et avant-gardiste, mais qu’en est-il en 2016 ?

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C’est à toutes ces questions, et bien d’autres, que Chris Carter à voulu répondre dans ce premier épisode. Et la première sensation, malheureuse, à la vision de My Struggle, c’est le trop plein. Les événements défilent à toute allure, à tel point qu’on a parfois l’impression d’assister à un teaser plutôt qu’à un véritable épisode. L’autre reproche majeur que l’on fera à ce premier épisode est d’ailleurs celui de la mise en scène. On regrette la perte de Kim Manners (mort en 2009), et ses travellings aériens et audacieux qui faisaient rêver Alain Resnais lui-même, à la vue de cette réalisation saccadée, approximative, signée Chris Carter. Si l’on retrouve pourtant au poste de chef opérateur Joel Ransome, qui avait signé la lumière de 25 épisodes de la série originale, le passage aux caméras numériques nuit énormément à l’esthétique de l’épisode. Et c’est très malheureux, puisque l’un des principaux attraits de la série dans les années 90 était sa mise en scène léchée, extrêmement cinématographique, et donc en avance sur les autres séries. On notera aussi quelques abus de CGI et de fonds verts, là où X-Files rimait avant avec trucages rusés et suggestion... Heureusement, la musique de Mark Snow, si particulière, fait le pont avec les épisodes de la « première » série. De même pour le générique d’intro, inchangé.

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Néanmoins, on ne peut pas parler d’un démarrage totalement raté. La manière dont Chris Carter utilise les événements mondiaux de ces 15 dernières années, les nouvelles technologies et les enjeux politiques d’aujourd’hui, pour remettre à neuf le conspirationnisme de Mulder, est très intéressant. Bien sûr, il balaye encore d’un revers de manche ce qui a été construit dans les saisons précédentes : la conspiration ne serait qu’un leurre, l’utilisation de technologies extraterrestres par les gouvernements occidentaux pour mieux contrôler la population. La date de fin du monde de 2012, mentionnée dans le dernier épisode de la saison 9, devient celle de la mise en place d’un programme de contrôle du peuple par les élites à l’aide de ces technologies extraterrestres. Le tout à la suite d’années de faux enlèvements par des soucoupes, d’expériences menées sur les hommes et femmes kidnappées, etc.

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Si ce twist scénaristique peut déplaire aux fans purs et durs de la série, il a comme intérêt premier de s’inscrire dans le monde d’aujourd’hui, puisque cette intrigue colle parfaitement aux théories du complot en vogue sur internet - théorie d’un agenda secret mis en place par le gouvernement Bush, avec la mise en scène de faux attentats le 11 septembre pour contrôler la population. De plus, on retrouve avec plaisir ce va et vient permanent entre scepticisme et croyance : cette théorie est apportée par un nouveau personnage, Tad O’Malley, jeune blanc bec prétentieux dont on se demande rapidement s’il joue double jeu ou non. Ce pro de la conspiration, qui tire des millions de dollars de ses vidéos sur youtube, apporte une nouvelle enquête à Mulder et Scully, en leur faisant rencontrer Sveta, kidnappée à moult reprises par des soucoupes, et qui avait rencontrée Mulder dans sa jeunesse (référence aux premières saisons). On attend donc de voir, après ce premier épisode riche en informations, dans quel camp se situera la vérité (réponse probable dans l’épisode 6 My Struggle II).

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Si les ressorts de l’intrigue fonctionnent bien, encore une fois, une impression de bâclage vient gâcher la fête. Au-delà de la mise en scène, mentionnée plus haut, la place laissée à nos deux personnages principaux et à leurs interprètes est un peu mince. Mulder et Scully semblent un peu absent, des personnages effacés, quand ils ne sont plus collègues. L’un des défauts de la série originale venait de l’absence de détails quant aux vies privées des deux personnages. Leur quotidien d’ex-enquêteurs du FBI semble factice, comme il l’était dans le film I Want To Believe, premier retour raté de la série au cinéma en 2008. On peut espérer que la reprise de leurs fonctions saura nous offrir à nouveau de plus beaux moments d’échanges dans les épisodes suivants, car pour le moment David Duchovny et Gillian Anderson semblent s’ennuyer légèrement. Leurs personnages semblent passifs. Encore une fois, c’est aussi la position de leurs personnages : obsédés par leur quête de vérité, ils ont toujours paru sans vie et frustrés en dehors du FBI. L’épisode laisse toutefois présager leur retour aux commandes du bureau des enquêtes classées, avec retour du décor mythique du sous-sol... dans une scène où les retrouvailles avec Walter Skinner, assistant directeur du FBI, s’avère elle aussi totalement bâclée ! Le retour de l’homme à la cigarette, machiavélique, est quant à lui bien plus dramatique...

En somme, sur tous les points, un épisode un dents-de-scie qui laisse mitigé, trop rythmé, misant trop sur le spectaculaire plutôt que sur le suspense et l’émotion, mais qui a le mérite d’ouvrir de nouvelles portes et de laisser rêveur pour les épisodes suivants.

Note : 6/10

Nicolas Lincy, 26/01/2016

29 juillet 2015

The Wire

Créée par David Simon

2001-2008 - Américain - Drame social - 5 saisons

Avec : Michael K. Williams, Dominic West, Sonja Sohn, Deirdre Lovejoy, John Doman, Wendell Pierce, Lance Reddick, Wood Harris, Idris Elba, Aidan Gillen, Andre Royo...

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166e5e5b5945f389d74a4b9ec1b3743c1bd8827f45e_full Avec The Wire, David Simon apporte au genre de la série télévisée la même révolution qu’apporta Roberto Rossellini avec Rome, ville ouverte. Tant philosophiquement, que politiquement et esthétiquement, The Wire est un exemple magnifique d’une éthique néoréaliste qui refuse le truchement du drame. Dans les années 1990, la peur de perdre des téléspectateurs sur la durée a bien souvent poussé les chaînes de télévision à tirer leurs séries vers le mélodrame, vers les émotions extrêmes, les rebondissements à répétition avec fort usage du « cliffhanger » (outil justement issu du genre mélodramatique hollywoodien). Cela n’empêcha nullement de bons auteurs de tirer leur épingle du jeu, mais bien souvent dans une forme d’esthétique classique. 

Vision réaliste du monde contemporain

The Wire fait le pari du point de vue zéro, comme l’avaient fait les néo-réalistes italiens dans les années 40, ou plutôt celui de l’infinité des points de vue.

Série-monde, qui semble se perdre dans les méandres de nombreuses histoires, sans un personnage principal mais avec une infinité de personnages principaux, The Wire est pourtant d’une grande cohérence et donne l’impression au spectateur d’avoir accès à un tout gigantesque par le biais d’une incroyable quantité de détails.

Le tout début de la série, alternant le monde des gangsters et celui des policiers, pourrait nous laisser croire à un montage parallèle qui témoignerait de la présence du bien et du mal dans l’un et dans l’autre des deux milieux. Or, la série multiplie rapidement les sous-ensembles : chefs de la police, bleus, petites frappes de la rue, chefs des gangsters, fournisseurs de la drogue, ouvriers sur les docks, politiciens, professeurs du collège, journalistes, SDF, associations, prêtres…

Des ressorts invisibles et complexes, organisant le tout, semblent animer les personnages malgré eux. Suivant la théorie du chaos, la série démontre comment chaque grain de sable, glissé dans l’engrenage, entraînera d’inévitables conséquences.

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Cette impression d’avoir accès à une vision de démiurge sur la réalité de notre monde contemporain, David Simon a bien sûr réussi à la créer grâce à ses années de recherche sur le terrain en temps que journaliste au Baltimore Sun et à sa collaboration avec un ex inspecteur de la brigade criminelle de Baltimore, Ed Burns, ainsi que de nombreux consultants. Mais c’est aussi par le choix esthétique d’adopter un « point de vue zéro » tel que l’a théorisé André Bazin à propos du néo-réalisme et d’Orson Welles, que The Wire parvient à nous plonger dans une puissante impression de réalité : refus de musique originale pour accentuer les émotions, refus d’effets visuels à la première personne (sauf peut-être dans une scène de la saison 2, pour dépeindre le trouble mental de Ziggy après avoir commis un meurtre), refus des stars, et participation d’acteurs non professionnels. 

Cette esthétique nous laisse toujours à une relative distance des personnages sur l’écran, comme si le spectateur était mis en position de journaliste-observateur. Psychologie, sentiments, intériorité des personnages ne s’expriment plus qu’à travers leurs corps, leurs paroles, ou leurs actes. Or ces actes peuvent être trompeurs : la vérité, et l’Homme véridique, n’existent pas. 

Ni vérité ni mensonge, mais bien une multitude de réalités

En effet, les personnages sont en permanente représentation : les policiers, comme les gangsters, doivent jouer aux durs pour accéder à ce dont ils rêvent. McNulty, pour parvenir à traquer sa proie, se transforme en chasseur brutal, vil, alcoolisé. Marlo, gangster effacé au tout départ de la série, semble changer progressivement de masque et apprend à jouer son rôle de véritable chef de la mafia de Baltimore, machine à tuer dénuée d’émotions. Le nombre de personnages étant élevé, il faut presque toujours leur ajouter leurs doubles, leurs masques. 

Tout semble vrai, or tout est faux, en permanence. Ce jeu de masques occupe le premier plan à partir de la saison 4, quand la série suit le parcours des candidats aux élections : les jeux d’apparences sont de légion pour gagner le poste de Maire. Le véritable sujet philosophique de la série, qui consiste à penser qu’il n’existe ni vérité ni mensonge, mais bien une multitude de réalités, est alors mis en abyme, et l’est encore plus dans la saison finale, à travers les manigances de McNulty et Freamon qui retournent toutes ces conceptions de vrai ou faux, de bien ou de mal, à l’aide d’un serial-killer créé de toutes pièces. 

Même le personnage le plus dur et « unilatéral » de la série, le chef Bill Rawls, dont la dureté semble même caricaturale, sera aperçu dans une seule image de la série (une mini-facette donc, presque invisible, elle ne dure quelques secondes)… dans un bar homosexuel. Derrière l’image du chef viril intraitable, cruel, se cache un homme qui aime les hommes.

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Dans cet univers complexe, les câbles qui servent aux écoutes des policiers sont comme les branches qui relient chaque maille du filet. « The Wire », le réseau, est à la fois le réseau d’écoute, mais c’est aussi le « fil » qui relie tous les éléments.

Ce n’est sûrement pas par hasard que les policiers chargés des écoutes sont dotés d’un système poussiéreux, vieilles machines issues de la remise du FBI, et dont personne ne veut. Ce côté daté du matériel utilisé donne corps, un aspect physique et visuel, à la construction même du cœur de la série.

Cette construction, où chaque personnage est un pion perdu dans un grand échiquier, porte également une vision sociale forte. Les jeunes de la rue ont le comportement que la rue leur inculque. Duncan, frêle mais intello, pense devoir faire de la boxe ou manier une arme pour égaler les gros bras, avant de comprendre qu’il existe un « tout » plus grand encore que Baltimore. Le monde est vaste, et d’autres lieux seront faits pour accueillir ses capacités. Encore une fois, une seule image, très brève, nous montrera son destin dans l’épisode final de la série.

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Malheureusement, la série montre combien il est difficile de sortir de sa condition, de son milieu d’origine, d’évoluer hors de l’échiquier sur lequel on est placé. Et cela, à tous les échelons de la société, que l’on soit un ancien détenu qui cherche à créer un club de sport pour échapper à ses démons, ou un jeune conseiller à la ville qui tente de renouveler la politique avant de faire face au milieu très bien organisé des magouilleurs qui souhaitent que rien ne change. Ce conditionnement du milieu social mène à l’absurde : pour être tueuse à gages, une jeune femme, à peine adulte, adopte un physique androgyne, une voix d’homme, et surtout la plus grande cruauté.

Œuvre de cinéaste-journaliste, The Wire délivre un point de vue sur le monde qui passe par l’esthétique et par la multiplication des histoires. Ce point de vue nous raconte que l’Homme joue toujours un rôle, et que par conséquent c’est le monde entier qui marche sur la tête. Les gangsters qui survivent à leurs quartiers finissent aussi honnêtes que les plus riches entrepreneurs et businessmen de la ville, et marchent main dans la main. Au milieu de tous ces faux-semblants, certains personnages se battent pour une infime parcelle de vérité : Freamon, McNulty, mais aussi du côté de la « rue ». Les moments les plus émouvants sont bien sûr quand un personnage se révèle : malheureusement, chez les gangsters, ce moment de sincérité ne se produit qu’à l’instant de leur mise à mort. Menacés d’un revolver, ils se retrouvent nus, tentent un instant de survivre grâce au personnage qu’ils se sont créés, avant que la balle ne sorte du canon. Ainsi, il est probable que le personnage le plus attachant de l’univers des gangsters pour les spectateurs soit Omar, passant d’une douceur infinie à la violence la plus brutale et maîtrisée. Quant à l’univers des policiers, notre clé d’entrée et de sortie de la série est bien évidemment McNulty, personnage à la sincérité débordante et donc mal dans sa peau dans son travail.

Une morale esthétique

Mais avant tout pour David Simon, la fiction est au service de la réalité. Si le journaliste s’empare du cinéma, c’est dire que le drame n’est pas utile quand tant d’histoires ont lieues sous nos yeux, dans nos rues. Dans le dernier épisode de la série, McNulty et Kima se gaussent d’un profiler du FBI : il a servi de consultant pour de nombreux films hollywoodiens, il passe son temps sur des plateaux télés et écrits des bouquins sur les serial killers. Or, face à de vrais policiers, il semble bien inutile à leur travail. De même, les derniers épisodes montrent également la lutte de deux journalistes, l’un trichant avec la vision des faits et de la réalité, l’autre adoptant strictement l’éthique professionnelle. Le sensationnalisme, critiqué par les personnages dans la dernière saison, l’est déjà depuis les premiers épisodes par la mise en scène de la série, qui adopte une véritable éthique réaliste. Quand un personnage meurt dans The Wire, la mise en scène peut être choquant ou elliptique, elle l’est toujours pour une très bonne raison. Nul cliché, nul copié-collé, ne vient l’entacher. Le cinéma et les séries ont eux aussi des codes, des clichés, comme les gangsters, dont ils feraient bien de se défaire.

Nicolas Lincy le 28/07/2015